Anti-truc sur la conservation des œufs en mer

 ou plutôt

Truc sur la non-conservation des œufs!

Entre Canaries et Cap Vert, Septembre 2004.

Alex descend  le pavillon des Canaries.

Etions-nous entrés dans une ère de récession  de l’univers? La constante de Newton aurait-elle variée en l'espace de 3 générations? La soupe primitive devenue cloaque de l'espace temps? Et si l'objet male ne pouvait plus s'insérer de façon harmonique dans l'espace femelle idoine, courrions-nous à grand pas vers l'extinction des espèces? Mais reprenons au départ plutôt.

J'avais beau tourner et retourner en vain, tel  un Rubik’s cube mono colore destiné au pré-fossile que je semblais devenir, réarranger toujours dans l'espace cette forme ovoïde et son conteneur thermoplastique ad hoc: Il fallait me rendre à l'évidence ils n’adaptaient plus! Impossible adéquation. 

 

 

Etait-ce le premier signe avant-coureur vers la contraction ultime du firmament ? Courrions-nous inexorablement, ainsi que tous les mondes,  à notre perte en début de voyage 2004 ? Pour éviter la panique qui émergeait furtivement de cette gaucherie itérative, j’entrepris de décortiquer le problème. S’il n’y avait qu’une solution il y a avaient par contre beaucoup de questions.

Si L’œuf ne voulait entrer dans son conteneur plastique : Avait-il une volonté propre pour refuser d’être enfermé, en un mot l’œuf était-il claustrophobe ? Cet œuf là peut-être. De multiples tentatives plus tard, quasiment tous les œufs refusant de  s’installer sans contrainte, nous montraient qu’il s’agissait bien d’une loi générale. Nous venions aussi de découvrir qu’un œuf, enfin tout l’engeance des œufs, est très sensible à la contrainte. Seul avantage , ceci diminuait notre quantité d’œufs à stocker, mais multipliait celle à consommer illico. Après une tentative  traitement thermique destiné à accroitre la résistance de l’objet, pas plus de succès, nous avions simplement découvert qu’un œuf dur était mou.

Comme proclamait  M. Buisson notre professeur de mathelem à la fin d’une élégante démonstration : Que reste-t-il ?

L’œuf n’entrant pas dans sa boite, le contenu dans son contenant,  le récipient était trop petit ou la coquille trop grosse. Je ne pouvais croire que deux mille deux cent ans après Archimède, notre technologie avancée pouvait enfanter de telles aberrations. Il devait y avoir une raison transcendante !

Nous pouvions être passé à proximité d’un micro trou noir qui avait modifié aléatoirement et localement une propriété de l’espace-temps : changeant le coefficient de Newton qui régit la gravitation et donc  l’attraction universelle. Cela expliquait très bien que tous les flagorneurs obséquieux, incapables de résoudre une équation du premier degré étaient attirés inexorablement tous à la radio télévision. Mais il y avait des ballots ailleurs, et de plus toutes les boites à œufs étaient affectées car trop petites, alors qu’ils ne s’agissaient que de la quasi totalité des journalistes, donc pas tous.  Cette probabilité était ainsi faible. Mais non nulle. On pouvait laisser Einstein dormir en paix. Il n’y avait pas de brèche dans l’espace temps.

Alors quoi ?

Les œufs étaient ils devenus plus gros ? Faisions-nous face à un bouleversement géo génétique, une sorte de fracture de la théorie Darwinienne, qui faisaient que les œufs s’étaient dilatés dans le temps. Je n’avais lu aucune mention de quelconque  pression environnementale qui aurait favorisé l’augmentation de la taille des œufs. Mais  comme plus personne ne stockaient les œufs dans des containers plastiques, personne n’avait entrevu ce glissement génétique.

Ou bien y avait-il une secte de pervers invisibles qui manipulaient mondialement les poules, toutes de tailles identiques  pour leur faire pondre des œufs plus gros. Quelle horreur. Je n’osais imaginer la torture des poulettes soumises aux affres d’une ponte monstrueuse sans épisiotomie.

David range, les contenaurs à droite attende le tournant

David range les victuailles. Les conteneurs , en bas à droite attendent le tournant.

Etions-nous entrés dans une ère de récession  de l’univers? La constante de Newton aurait-elle variée en l'espace de 3 générations? La soupe primitive devenue cloaque de l'espace temps? Et si l'objet male ne pouvait plus s'insérer de façon harmonique dans l'espace femelle idoine, courrions-nous à grand pas vers l'extinction des espèces? Mais reprenons au départ plutôt.

J'avais beau tourner et retourner en vain, tel  un Rubik’s cube mono colore destiné au pré-fossile que je semblais devenir, réarranger toujours dans l'espace cette forme ovoïde et son conteneur thermoplastique ad hoc: Il fallait me rendre à l'évidence ils n’adaptaient plus! Impossible adéquation. 

 

Quoi qu’il en soit, les œufs n’entraient plus dans les conteneurs à œufs. Nous trouvions face à une palanquée de conteneurs devenus quasiment  inutiles. Bien sur, au début nous n’avions cru à cette inexorable dérive. Après un traitement thermique destiné cette fois à la conservation, traitement qui s’avéra nous allons voir apocalyptique, nous avions inséré les œufs légèrement en force dans leurs boites. Nous n’allions pas admettre docilement que notre réputation de grand navigateurs soit battue en brèche par une armée d’œufs cyclopéen. Tout allait bien, bisous aux amis et à la famille, pensées pour Poséidon et tous les Dieux de la mer, nous mettions en route en cet été 2004 pour la grande Aventure. Majuscule.

Au secours Pasteur !

Quelques avatars plus loin, nous naviguions. Voiles en ciseaux, génois tangonné sur Babord, grandvoile ridée au palan sur Tribord pour assurer notre tranquilité.  On avait bien aperçu quelques brisants étranges au milieu d’une mer sans fond, pourtant  cette incongruité n’avait pas éveillé nos sens émoussés par d’innombrables  lustres de vie citadine, ils pouvaient être n’importe quoi, fallait pas laisser libre cours à nos imaginaires débridés. En mer, on a vite fait de croiser des monstres antédiluviens et dès l’arrivée au  port beaucoup de femmes ressemblent à des sirènes.  Fallait être circonspect. D’autant que ce n’étaient là que des moutons sur une mer sans vent, et depuis longtemps les ovins n’avaient plus besoin de brides. Pourtant, ces moutons étaient déplacés, cette odeur d’hydrogène sulfuré persistante, cette chaleur accablante, et peu à peu l’évidence s’insinuait dans nos esprits : nous naviguions au dessus d’un volcan inconnu. Quoi d’autre.

La mer ici ressemblait à un désert, pas un poisson, pas un oiseau, même pas une mouche. Un bateau , la mer vide et deux matelots. Point. Pas de meilleur remède pour  rompre la spirale de cette petite angoisse qui s’ourdit en secret au tréfonds de l’âme, qu’un petit casse croute sur le pouce. Pour repousser les démons, un petit coup de pouce vers la cambuse. L’esprit se remet en place dès qu’on leste l’estomac ; quelque chose de rapide et gouleyant, une simple  paire d’œufs sur le plat tomberaient à pic.

Abomination ! ma parole, le volcan sous-marin éructa ses funestes exhalations directement dans le bateau ! L’odeur d’hydrogène sulfuré suffocante, les cours de contrôle des éruptions du forage pétrolier jaillissaient dans ma mémoire, plus de deux pour cent c’est la mort. Et je n’ai pas voulu installer de détecteur de gaz avant le départ. Explosif à 5%. Il faut ventiler d’urgence, pas de masque à gaz pour les plaisanciers dans l’inventaire obligatoire de survie. Je prends une apnée profonde et je plonge sous les planchers et là, nous faisons un grand saut spatio-temporel de cinq siècles en arrière.

Les fonds grouillent d’une vermine glauque et frétillante qui submergent les cales du navire. La génération spontanée d’une masse pullulant  de vers millimétriques qui menace d’envahir le bateau telle une horde innombrable de barbares affamés, inexorables et sans pitié ; n’eut été la coque métallique, nous étions par le fond depuis belle lurette. Nous passions de la menace volcanique à la terreur ancestrale d’une fin implacable et dantesque submergé par des milliards d’asticots venus des profondeurs nauséabondes du Moyen Age.

Avions nous découvert une faille dans la théorie séduisante de Pasteur ? Pas de génération spontanée avait-il affirmé. Et pourtant ça grouillait sous nos pieds.   Venant de nulle part, du moyen Age ? Ou des œufs à peine comprimés ?

Une inspection rapide montrait que si la vermine envahissante provenait du Moyen Age, elle passait de toute façon par les œufs traités maison. Le légère compression avait généré des craquelures microscopiques dans la coquille des œufs rapidement trempés dans l’eau bouillante. Méthode soi-disant orthodoxe, mais qui, incontestablement provenait aussi du Moyen-âge. Une doctrine radicale mais néanmoins superfétatoire, à la fois absurde et  visiblement pas stérile du tout puisque les vers apparus du néant avaient multiplié en légions innombrables.

 Une entreprise dantesque digne d’un déluge biblique, s’abattit sur les fonds du bateau quasi- anéantissant notre réserve d’hypochlorite, véritable travail de Sisyphe qui s’arrêta bien après la nuit tombée, nos mains dont les peaux en lambeaux, crièrent pitié dissoutes par les vapeurs hypochlorique mêlées aux remugle d’hydrogène sulfuré.

La peau à vif, la coque attaquée, les éponges dissoutes, les boites javellisés, rincées à l’eau de mer  rien ne résista à notre tornade hygiénique.

Hormis les vers. Qui peut-être avaient eu le temps de la métamorphose et  dorénavant survivait à l’eau de mer. Nous prenions ainsi  le chemin du retour, vaincu pour l’instant par la multitude vermicule, pour s’apercevoir que la vision orthodoxe continuait aujourd’hui son périple d’électrons sur des forums cybernétiques désormais virtuels.