Chapitre IX

La chance.

Canal de Beagle, décembre 90.

Rangement et nettoyage au programme. On a de la chance, pas un souffle, la première fois depuis trois semaines. Vingt et un jours exactement depuis Buenos Aires avec un petit stop merveilleux juste avant la Baie Buen Successo. Trois semaines agitées  pour s'arrêter respirer  Un mouillage au milieu du kelp en attendant que le courant de marée nous soit favorable pour embouquer le détroit de Lemaire. On a appris plus tard qu’on pouvait entrer dans l’étang qu’on apercevait au-delà de la rivière qui débouche juste au plus creux de la Baie Tranquille. Bien sûr, pour jouer aux explorateurs on a fait un petit tour en annexe en oubliant ce qu’on avait lu sur le kelp, cette algue géante qui vient chercher la lumière à la surface et dont les pieds s’accrochent par des fonds de plus de 20mètres.

La tige du kelp  mesure environ 10mm de diamètre et assurément plus solide que les traits d'un attelage. Les cinq chevaux mécaniques Yamaha n'ont pas résisté trois minutes enserrés dans leur harnais de kelp, la  goupille de l’hélice de notre vaillant hors bord. Nous rentrâmes à bord, penauds,  en se tirant sur les kelps,  les deux pagaies s’empêtrant dans les algues s’étant aussi inclinées face aux algues comme les destriers. De toute façon, à deux contre cinq elles n’avaient aucune chance.  A trois heures du petit matin,  la chance nous attendait encore, le vent s’etant levé dans le dos au droit de Buen Successo, avec la marée favorable, pile nord-est. On a descendu le détroit de Lemaire en train.

Finalement, le vent est tombé à l’entrée du Beagle juste après le tournant à droite, et nous avons cheminé au moteur toute la nuit.

Je range et nettoie le bateau, un peu anxieux tout de même dans cette zone de vent permanent d’Ouest. On s’occupe pour ne pas trop penser. Et puis on a rendez-vous à Ushuaia avec Jacqueline et les enfants qui arrivent aussi aujourd’hui.

J’avais prévu 15 jours pour faire le voyage Buenos Aires – Ushuaia. On a vu que le vent se joue des programmes précis. Mais la chance encore, nous sommes  là au moteur, à vingt miles d’Ushuaïa, et pas à nager au milieu des cinquantièmes.

Allez, astiques matelot ! Parce qu’on a eu encore une sacré chance cette nuit. On remontait paisiblement le Beagle au moteur dans la nuit noire afin de profiter du calme. Quelques bouées éclairées jalonnent le chenal entre les murailles titanesques qui nous entourent. Dans la nuit noire, les collines qui bordent le canal, se confondent avec les sommets en arrière. Lorsque la paupière tombe, que Morphée t'enlaces pour quelques secondes, le retour sur mer te précipite devant l’écran radar, le cœur à cent à l’heure pour discerner la côte noire dans le noir de la nuit.

« Put… j’aurais du mouiller à la tombée du jour !  »

Lapalisse disait souvent :

« Lorsqu’une bouée lumineuse est éteinte, elle n’est plus lumineuse »

Heureusement, Maxwell avait lu notre Champollion des évidences, et nous a montré les ondes électromagnétiques. Et un peu plus loin, vive le radar ; pratique pour ceux qui prennent des risques, il voit les bouées noires  dans le noir.

« Bon, Loulou à toi »

J’ai tiré sur  mon quart un peu plus de 6 heures d’affilée, je m’endors en pointillé.  Mais je voulais arriver dans la section rectiligne avant de passer le manche.

« Ecoutes, Loulou, tu suis les bouées lumineuses, normalement c’est tout droit pour 4 ou 5 heures, y’aura peut-être un phare à gauche, mais comme le précèdent était éteint, probable que celui-là aussi. Si t’as un doute, radar ou tu m’appelles, OK ? »

« Ouaipp ! »

« C’est incroyable, sorti d’Europe le nombre de feux qui ne fonctionnent pas ; allez dans 3 heures, au plus tard ! »

Faudrait se méfier de ceux qui n’aiment pas le modernisme en général et l’électronique en particulier,  et sont toujours tranquilles. Trop tranquilles. Comme si on pouvait être tranquille en voilier, la nuit par 55° Sud,  avec des montagnes à une pincée de miles sur chaque bord ! Même par vent nul.

Je me couche bruyamment bercé par le ronflement du Volvo.

Tu dors,  le temps passe, paradoxalement le temps n’a pas de vitesse pour le dormeur. Soudain tu te retrouves les yeux grand ouverts dans le noir. Le moteur tourne toujours. Ai-je dormi 5 minutes ou 3 heures ? A part le moteur, c’est tranquille. Trop.

Qui a dit trop ? Qui a dit trop ? Voilà je suis obligé de me lever juste pour un mot de trop ! Seulement une heure et demi de sommeil. Coup d’œil dehors…Putain  on fonce à 5 nœuds droit sur la côte, je bondis sur le radar.  Encore deux miles et on descend à pieds.

-         Loulou, où vas tu ? 

-         Ben, sur la bouée, droit devant !

-         Tu trouves pas qu’elle un peu en l’air la bouée ? 

-         Ouaip,….t’as raison.

-         Ca fait longtemps que tu la vises ? 

-         Facile demi-heure, droit devant, c’est facile.

-         Remarques Loulou, c’est plus tout à fait le même cap, t’as vu ?

-         Ouaip, c’est marrant.

-         LOULOU, on va droit sur le phare, bord..l !  Bon, je m’énerve un peu. C’est l’émotion, sûrement.

-          …….. ?, mais t’avais dit que le phare serait éteint !

-         Peut-être Loulou, j’avais dit peut-être.

 Finalement, les vrais terriens ont tellement besoin de certitudes, qu’en leur absence, ils en fabriquent. Le bon marin, ne croit pas en grand chose de stable de par ce monde, même pas en ce qu’il voit parfois. J’ai vu, bien vu de mes yeux grands ouverts, à la fin des quarts longs et glacés, des cargos croisant notre route. Le clignement de paupières suivant, j’étais face à la mer noire et vide. J’ai même vu un camion une fois, si si, il roulait tranquillement sur l’océan entre Salvador de Bahia et Buenos Aires, en route vers l’Afrique du Sud.

Vous savez ma question ?

-         Incroyable, un camion ici en pleine mer, je me demande ce qu’il transporte ?

 Dans ce cas là, il est temps d’appeler votre collègue pour continuer le quart.

-         Bon allez Loulou, remplace-moi jusqu’au jour.  

Je range, je nettoie toujours, c’est fou ce que trois semaines de mer accumulent comme crasse sur un bateau. Ce n’est pas de la saleté au sens terrien, car il n’y a pas de terre, ni de vapeur de gasoil et d’essence, ni ces miasmes que fabrique notre monde hygiénique. C’est simplement la cuisine qu’on nettoie vaguement ou pas vaguement d’ailleurs car pas du tout. Un peu de gras par-ci par-là, quand on a graissé une poulie ou fait une vidange, la poisse qui s’installe au fil des jours car fatalement on se fait tremper à l’eau de mer, on oublie un panneau ouvert. L’humidité salée de mer poisse les vêtements, les ustensiles, le bateau.

Vive le sopalin, l’ami du marin !. Voilà pourquoi il faut un grand bateau, pour stocker un maximum de sopalin !

Finalement on voit Ushuaia, là-bas dans le fond. Le bateau est propre enfin. Je veux dire propre au sens masculin du terme, bien sûr !

Il fait beau, pas de vent, marée basse. On finit cette étape au moteur. Au fond ce n’est pas plus mal, car on n’a pas la carte détaillée. Aux jumelles, quelques voiliers sont entassés un peu à gauche de la ville. Bon, marée basse.  Pas un souffle. La chance est avec nous.

  - Loulou, on va aller se poser sur la plage à côté de ces voiliers la bas. On descend et après on verra où s’amarrer.

Pourquoi ne mouille-t-on pas, à ce moment là? Cette interrogation  fera partie des ces milliers de questions de l’après.

Une évidence, la chance il ne faut l’évoquer qu’après. Avant et pendant, chhhhuut ! Tu ne dis rien, tu ne penses rien, tu profites du don du ciel, mais SURTOUT t’en parles pas. Ensuite, tu pourras avouer au bistrot,  -  ouais on a eu de la chance quand même ! –.

-         Bon, je vais lever la quille.

Facile avec le treuil électrique et un mouflage huit brins  de lever une quille de trois tonnes.  Alors moteur en route, sortir la broche qui la maintient en place en navigation, démarrer le moteur, sortir la commande à main sur le pont pour contrôler le levage et hop !

-         Loulou, fais route vers les bateaux, au fond là-bas.

-         Ouaipp !

 Loulou, il fait pas grand chose, mais au moins on se casse pas la tête et puis pour l’instant y casse pas grand chose. C’est luxueux comme équipier. Je vais le rebaptiser Mister Ouaipp !

 Ça grince, ça couine, faudra que je re-graisse tout ça. Faudrait pas que le câble de relevage que j’ai pas changé à Buenos Air…., trop tard le doute est là. Le doute qui te fait monter sur le pont la nuit, le doute qui tord les tripes, qui à la fin  comme une balle qui claque .. BANG !!

Un claquement puis un boum énorme, le câble a cassé, la quille est tombée d’un mètre et s’est plantée dans le puits. Vite voir, je jaillis à l’intérieur. L’eau aussi, mais pour remplir !

Faut penser juste et vite…

-         Loulou à fond sur la plage, vite.

-         Ouaip ! C’est grave ?

-         Un peu, on coule.

 Tant pis, je lance un mayday sur la VHF, Ushuaia est a deux miles, y’aura bien quelqu’un sur le 16.

-         Mayday mayday, Aqui barco velero verde que se va par fundo !

-         Mayday mayday, green sailing boat sinking in front of Ushuaïa

-         Mayday mayday, voilier vert français en train de couler à 2 miles d’Ushuaia!

 Je répète, et retourne sur le pont gonfler l’annexe. L’eau monte vite. Les pompes de cales sont ridicules. Et l’eau est froide.

Moitié gonflée,  je redescends pour tenter de colmater, les trous sont derrière le moteur, pas moyen, trop de pression !

Je relance les messages. L’eau passe les planchers, je relève le capot moteur pour pouvoir le stopper avant qu’il n’aspire l’air, j’enlève les filtres d’aspiration pour gagner du niveau.

Allez finit le beau voyage, les larmes me montent aux yeux, mais ya Loulou là dehors, le capitaine tient, tout le monde tient en plus, j'ai promis de le débarquer à Ushuaia, la plage est un bon endroit. Je remonte finir de gonfler l’annexe, installer le moteur, la nourrice, les pagaies. Faites pas la course, je vous bats tous aujourd’hui en lancement d’annexe. Jamais été aussi vite.

Je redescends lancer le message puis ensuite j’arrêterai, on pourra toujours arriver au bord avec l’annexe. Faut préparer l’évacuation. L’eau monte.

Retour dehors,

-         alors Loulou, on se traîne !

-         Je suis à fond, on commence à être enfoncé, quand même.

-         Ouaipp, comme tu dis !

-         Bon Loulou, j’ arrête le bourrin, l’eau est quasiment aux aspirations, on tirera la bateau avec l’annexe autant qu’on peut, on devrait arriver pas loin de la plage.

-         Ouaipp !  

Trois minutes après, moteur de l’annexe à fond on bouge même plus sur la mer d’huile. Une mer d’huile à Ushuaia, c’est pas tous les jours. Couler non plus remarque.

Je lève le moteur, la goupille est cisaillée, une branche de kelp encore entortillée.

 J'entends mon copain Ulysse du haut de ciel:

-         Hé, mon pote après Charybde, Scylla ha ha ha !

-         Bons dieux, je croyais pas qu’elles étaient si proche!  

  Tiens d’où y sort celui-là ?  un petit bateau à moteur nous tourne autour avec un Argentin à bord.

-         Que pasa ?

-         Nos vamos par el fundo, tenemos un hueco en el casquo !

-         Que quiere hacer ?

-         Vamos a remorquer le bateau hasta la cote…bon mon espagnol m’abandonne aussi.

   Du petit bateau à moteur, l’Argentin me crie :

-         No te préoccupa , la prefectura naval se viene, yo los llama.

 Promis craché juré, plus jamais je n’appellerai un bateau comme ça un promène-couillon ! Croix de bois croix de fer, si je meurs, je vais en enfer !

Effectivement, sur la gauche, à fond, avec une moustache à l’étrave de deux mètres, un petit bateau blanc grossit à vue d’oeil, la fumée qui le suit en dit long sur son régime moteur : A FOND !

En deux minutes il est sur nous, le petit bateau est grand vu de près, environ 25metres , en grosses lettres énormes sur sa coque blanche : PERFECTURA NAVAL ; un gars moustachu aux yeux d’océan m’interpelle de sa passerelle, comprend tout au premier coup d’œil.

Je traduis tout en français :

-         Je vous passe une amarre, crie-il.

-         Non t’embête pas,  j’en ai une déjà prête, je te l’envoie.

Il me regarde en souriant malicieusement :

-         Non, c’est la mienne fait-il dans un signe.

-         OK. Je sais à cet instant que j’abandonne mon bateau.

Bon ça ou aller au fond, au fond hein ! Et puis deux miles à la pagaie c’est long.

On attache la remorque en vitesse ; il m’envoie un homme pour tenter de colmater les brèches pendant qu’on remorque le plus vite possible vers le quai. Et nous voilà parti à dix nœuds, toute l’eau embarquée, se déplace d’un coup vers l’arrière, et le cul s’enfonce dangereusement. On crie, on braille, on vocifère, heureusement,  le voisin sur le petit bateau à moteur, signale au commandant qui ralentit un poil, on a le tableau à ras de l’eau.

Bon ! Croix de bois croix de fer, même si je mens pas, j'irai en enfer !

Déjà à quai, on amarre, une grosse pompe me tombe sur le pont, Ulysse nous filerait-il un coup de mains ? Ulysse il ressemble vachement au patron de la vedette de la préfecture aujourd’hui.

Pas de rallonge électrique, pour aller jusqu’au bateau d’Ulysse, je sors ma rallonge de 50m, sauvé !

On commence à pomper, un type arrive habillé en homme grenouille, d’où il sort celui-là ? On lui explique, et plonge avant qu’on ait terminé, ressort et gueule la barbe à ras de l’eau des trucs que j’arrive plus à suivre. Ya du monde sur le quai. On se retrouve avec le commandant.

-         T’en fais pas , on s’occupe à pomper et l’autre là-bas court chercher ce qui faut pour que le plongeur colmate. Qu’est qu’il faut faire ?

-         Faudrait sortir la quille !

-         ….. ? on sort la quille des voiliers, maintenant ? Bon !

-         Oui, par-dessus avec une grue.

-         OK, bouge pas.

Au bout du quai, une grue déplace des colis tranquillement pour un futur chargement. Le commandant est déjà sur le grutier. C’est houleux.

-         Faut sortir la quille de ce bateau.

-         J’ai du boulot, pas le temps, on verra ce soir, faut voir le patron.

Là, mon commandant vire au rouge, saisit le bonhomme par le col, yeux dans les yeux, et lui dit (ou crie ?) à deux centimètres du visage  :

-         Fortune de mer, tu aides c’est la loi de la mer !

On est à cinquante mètres et on entend bien.

Le grutier capitule, et se déménage vers nous, au trot. Quelques instants plus tard, le plongeur dans l’eau attend avec son système, et gueule qu’on la sorte enfin cette putana de quille. Il se les gèle dans l’eau ! Nous, on va doucement, trois tonnes, c’est trois tonnes. Le commandant lui jette un regard, le plongeur ne crie plus ; Ulysse me fait un clin d’œil en souriant: t’as vu, il a plus froid dis donc !

-         Moi c’est Tito et toi ?

-         Jean-Pierre, écoutes.. 

-         Pousses-toi, on va poser la quille sur le quai, et le bonhomme avec le bateau à moteur, il va te remorquer jusqu’au quai du yacht club au fond de la baie; ça te vas ?

-         Comment  fait-on pour tout ça ?

Il me serre la main d’une main chaleureuse et ferme, du marin qui a vu beaucoup de mer.

-         On verra plus tard, t’en fais pas. Il y a ta femme et tes enfants qui sont à l’hôtel, on ne leur a pas dit que tu étais arrivé ! Toute la ville est au courant sauf eux.

 Je suis planté là, sur le quai comme un rond de flan, le plongeur est déjà parti, le grutier est retourné à son rangement. Il s’est passé deux heures depuis qu’on a touché le quai. J’ai le cœur qui commence à déborder. Par les yeux. Tito me tape dans le dos :

-         allez file, ce petit bateau t’attend pour la remorque. A bientôt amigo.

 Quelques minutes plus loin, on est amarré au ponton, au milieu des voiliers de charters cinq ou six. Une bonne femme est sur la plage, avec deux petits gars qui dansent. Il me faut quelques minutes pour reconnaître le grand Alex. Je suis parti depuis quatre mois, et ils ont poussé terriblement. Les retrouvailles sont douloureuses, les enfants si contents de retrouver le bateau, rentre dans un bateau humide mouillé, avec un peu de graisse qui a maculé l’intérieur. Assis sur la couchette trempée, je craque.

Pause.

Après demi-heure sur le quai, grâce à ma blonde, on se retrouve à l’intérieur, et on essaie d’occuper les enfants en rangeant un peu. Tout mon beau rangement de ce matin : à l’eau ! Quel cauchemar !

Puis le silence s’installe, j’ai perdu un peu mon ressort, malgré les encouragements de Jacqueline. Finit l’Antarctique et les beaux rêves d’aventure. Jacqueline a lâché l’hôtel, faudra du budget si on veut réparer. Je ressasse, taciturne. La nuit n’est pas loin, on va pas avoir chaud.

-         Toc toc, on peut entrer ?

Bon, pas la peine de répondre, il est déjà dedans.

Un argentin est là, on se parle mi-argentin et mi-gestuel chaque fois qu’il me manque un mot, beaucoup de gestes en somme:

-         Ben dis donc, effectivement…..Mais où allez vous dormir cette nuit ?

-         Ben là tu vois, cette grande couchette elle n’est pas tout à fait mouillée, on va se serrer.

-         Quoi ? Les enfants vont dormir là aussi ? Ah non ! C’est pas possible ! Non non c’est pas possible.

-         Ben faudra bien, la nuit tombe.

-         Bon, vous bougez pas dans la prochaine demi heure ?

-         ….. ?

-         Ok, je connais quelqu’un…Bon OK.

 Et il disparaît. On ne sait pas comment il s’appelle, on l’a jamais vu. Ni non plus encore aucun des voileux qui sont sur les huit bateaux charter autour. Finalement huit. Amusant, non ? On ne les verra pas de plusieurs jours d’ailleurs.

 -         Toc toc on peut rentrer ? Les jambes commencent à apparaître, puis une Robe.

-         J’ai vu mon ami, dit –elle en jetant un œil autour… Effectivement. Bon, les enfants peuvent pas dormir là ! Je m’appelle Ada !

-         Jacqueline Alex Ben , moi c’est Jean-Pierre.

-         Bon, j’ai rendez-vous excusez-moi, je ne peux pas rester, voilà la clé de la chambre 6, oui, j’ai un petit hôtel. Vous vous installez là-bas. Tout ce que je vous demande, c’est dans quinze jours la saison touristique qui commence, j’aurais besoin de la chambre mais je vous trouverai quelque chose.

-         Merci Ada, mais vous comprenez, on a un petit budget, et l’hôtel peut-être qu’on pourra p…

Elle me tranche d’un regard qui dit vous m’insultez ou quoi et les mots qui sortent de sa bouche sont :

-         Vous êtes mes invités c’est avec plaisir. De toute façon, vous n’avez pas le choix, vous avez intérêt à être demain matin au petit déjeuner à l’hôtel pour me raconter l’histoire.

-         Oui madame. Regard qui tue. Pardon, oui Ada, merci Ada, mais elle est déjà partie en me laissant la clé dans la main.

 Ce soir les enfants on dort à l’hôtel !.

  Mer chagrine, nuit câline.  Le moral revient. J’ai parlé d’abandon, de la fin. Dix ans que ce projet me trotte dans la tête. Mais ce matin on recommence. Grâce à Tito, grâce à Ada, grâce a  Guillermo . C’est le patron du petit bateau à moteur, son ami. Pardi !. On a prit ensemble le meilleur petit déjeuner du monde. Celui qui te sort la tête hors de l’eau. Qui te remplit d’abord le cœur !

 C’est demain, appelons-le aujourd’hui puisqu’il est là,  nous retrouvons le bateau.

Jacqueline attaque le nettoyage, j’attaque le moteur.  

 -         Toc toc on peut rentrer ?

Je lève la tête du fond du moteur, le type est déjà au pied de la descente.

-         Ah ouais d’accord !  Au fait j’ai vu mon copain Guillermo, tiens qu’est-ce que tu fais ?

-         Ben je démonte d’abord le démarreur, il a pris un bon bain, ensuite j’attaquerais l’alternateur etc…

-         T’es mécanicien ?

-         Non, mais bon je viens bien y arriver.

-         Bon, parce que moi, je suis mécanicien ! Tiens pousses-toi, fais-moi un café et passes moi la clé de 17. A pipe, si tu as.

 Le temps que le café percole:

-         Bon, si je te le rapporte dans trois jours ça te va ? Parce que j’ai un peu de boulot tu comprends.

-         Ben, je …

-         Allez salut, au fait tu bouges pas dans la demi-heure qui vient ?

-         Ben non, on n’a pas mal de truc à faire et…

 Loulou lui a retrouvé sa petite amie qui l’attend pour traverser la Patagonie à cheval. Son rêve à lui. Il va décaler son départ de quelques jours  pour nous aider au nettoyage.

-         Toc toc, on peut rentrer ?

 Je jette un coup d’œil à la montre, demi-heure pile ! Jacqueline va vers la cuisinière et sort déjà du café, je suis pas fort en café.

 -         Bonjour, j’ai vu mon copain, je suis électricien. Où il est cet alternateur ?

-         Ben, j’allais attaquer.

-         T’es  électricien ? Bon passes moi une 13 à œil. Hum, il sent bon ton café !

  Je ne hurle pas Viva Argentina, mais je me retiens.

-         Bon dans trois jours ça te va ? Comme ça tu l’auras en même temps que le démarreur !

 Le gars disparaît l’alternateur à la main. Le sien, car maintenant c’est devenu une affaire personnelle, entre lui et l’alternateur on va voir ce qu’on va voir.

 -         Jacqueline, un jour je raconterai ça tellement c’est incroyable. Viva Argentina.

-         Jean-Pierre, on met tout sur le quai, il n’y a pas de vent on ira plus vite.

Toc toc on peut rentrer ?

-         Ben oui, assieds-toi. Là, c’est pas mouillé. Tu prends du café ?

-         Merci, j’ai vu mes copains là, fait-il en montrant le quai. Je m’appelle Igor.

 Un géant avec une barbe rousse impressionnante, regard ciel bleu ! Je jette un coup d’œil à Jacqueline. J’y crois pas. Deuxième jour à Ushuaïa !

-         Dis-moi, comment tu vas faire pour tes réparations, tes achats, et promener ta famille. Tu sais y’a plein de coins sympa autour.

-         Ben, on va prendre le bus, et le taxi, il y a bien des taxis ici.

-         Non, ça va pas, c’est pas pratique. Bon, écoute dit-il en se levant pour partir. Voilà les clés de ma voiture. C’est un 4x4 orange, je l’ai mis au bout du quai.

-         Igor écoute,  c’est pas possible un truc pareil.

-         Ouais t’as raison, je te demande une chose alors, si j’ai besoin de ma voiture, tu me la prêtes d’accord ? Et il s'en va le bougre, en laissant la clé dans ma main.

 -         IGOR ! Igor !

-         Hé, au boulot mon vieux. T’as pas mal de boulot si tu veux aller en Antarctique cette année ! A plus.

Tellement incroyable ce pays !   La chance c'est les autres.

 Le doute, l'épreuve.

Et si on devait refaire le parcours pour éviter les fautes. Eh bien c’est pour cela qu’on embarque la  cisaille obligatoire.

 

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