Las Palmas - Palmeira

Petit semaine des Canaries au Cap-Vert.

A prendre un troisième ris dans la grand-Voile et empanner le tangon, une petite houle de NORD-NORD-EST nous cueille dés la sortie du port, 2 petit mètres désagréables en plein sur l'Arrière, l'Argonaute roule passablement et   Alex rend à Poséidon son petit déjeuner. Comme il ne prend rien depuis le départ, c'est plutôt douloureux. Christophe notre nouvel équipier est affalé entre sa couchette durant ses repos et les bancs du cockpit pendant ses quarts. Cela va durer deux jours pour lui par ce bon Nord-Est  qui va jusqu'à 25 à 30 nœuds apparent pendant la nuit. Alex sera malade pour toute la traversée, sans pour cela cesser de faire ses quarts de veille et de participer aux manœuvres. Afin de préserver le repos du capitaine, nous sous-voilons la nuit,  parfois même le jour.
DSC00064.JPG (91948 octets) Un bonne poilée de poissons volants, 

Une traversée un peu pénible, notre équipier tiendra son tour de cuisine trois repas en une semaine au demeurant excellents, et  pourra tenir correctement son  quart le dernier jour de la traversée. Petite inquiétude lorsque le cargo en route de collision sur notre avant, nous croise alors que je me lève avant l'heure, Chris n'a rien vu et le petit cargo nous passe à 300metres. C'est la pénibilité de l'étape. Pourtant le vent est favorable, oscillant entre le Nord et le Nord-est, mais le désir d'apprendre n'est pas là; et  finalement, à notre arrivée à Pameira,  l'assistance sociale refuse de lui financer plus longtemps son séjour sur l'Argonaute. Se rendra-t-il compte un jour qu'être assisté par les Assedic est une autre dépendance au père, un père  social qui commence à regarder ses dépenses? 
Pourtant le système est bon, aider les malheureux en peine de travail, pour les remettre en selle, sans être dupes que c'est d'abord un moyen de calmer le sentiment d'injustice. Donc à terme, d'annihiler les révoltes potentielles.  Chris n'est pas de ceux-là et utilise à plein le système sans remords. Alors Bon courage et bonne route Christophe, c'est un travail à parcourir.  Plus long à mesure que passe le temps. Longue est aussi notre  route.

Suis-je assez grand pour me lancer seul dans cette étape de 80 jours? Des risques, c'est certain, la veille aux cargos est mon principal souci et l'alarme radar est en panne. Est-ce un signe de l'Olympe?

Durant ces trois petites semaines de navigation, trois fois une semaine depuis le départ de France, je n'ai pas atteint la quiétude du grand large, vent trop instable, pas pu  trouver le rythme du bateau, avec la présence de cargos en permanence. Nous avons quitté la Méditerranée, les hommes de quart y veillent et dès notre présence détectée, se déroutent franchement. Les choses évoluent, ici certains continuent leur route imperturbable, malgré nos signaux de nuit, nos feux de navigation. Toute évolution n'est pas nécessairement positive.

Alors une bonne dose de mails sur les bourses d'équipiers; mais à croire que la voile se résume aujourd'hui aux sorties dominicales, aux triangles olympiques, ou à la voile spectacle. Faut dire que 80 jours de mer, cela a intéressé Phileas Fogg il y a pas mal de temps, et puis quelques autres coureurs avides de renommée et de spectacle. Encore que Phileas habitait un roman de Monsieur Vernes. Peut-être que les gens normaux ne veulent pas affronter les embruns et la mer pendant 10 semaines? Est-ce vraiment normal ?

- Hé Jean-Pierre ça te dit rien le référentiel? me chuchote l'ami Albert. Souviens-toi l'école, la relativité c'est aussi une question de référence et de point d'observation, n'est-ce-pas?. 

L'observation à bord de l'Argonaute :   la plupart ne sont pas normaux  et nous sommes quelques élus amoureux des océans, en quête de longues sillages  dans l'azur des océans, des normaux en somme.  Quelques rares. Une preuve intangible et objective: aucun équipier pour cette traversée Cap-Vert Réunion, c'est carrément unique.

 - Soit mon cher Albert, changeons de point de vue: 

Supposons que tous les autres disons les normaux, et les quelques uns une poignée de fêlés, masochiste et échoués dans une autre époque, souhaitent encore partir sur les océans se faire éclabousser et parfois crever d'angoisse, aller au bout du bout pour voir pleurer un éléphant ou hurler un manchot? Supposition hein seulement.

- La norme est dictée par le nombre, c'est vrai Albert mais pourtant tu as eu raison contre tous, mon cher Einstein, la majorité a toujours tort, n'est-ce-pas!

- Holà  l'ami, on parle de physique ou de comportement social? Et puis, je n'ai jamais eu la prétention d'établir des lois sociales ou humaines. Alors mon ami, la normalité procède encore de la majorité jusqu'à preuve du contraire.

- Ainsi, serais-je hors norme, hors cadre?

- Ce n'est pas moi qui le dit, Jean-Pierre.

La révision de  notre philosophie s'ajoute sur le petit tally-book des choses à faire. 

Changement de rythme durant cette semaine, alors que le capitaine se prépare souvent à engager une manœuvre, nous devons acquérir la démarche atlantique: les légers changements de vent en force ou en direction, ne sont pas obligatoirement l'annonce de variations  drastiques et parfois décoiffantes comme en Méditerranée. Il faut aller au pied du mat pour bien sentir les choses, même au portant nous sommes bien trop abrités sous la casquette, sentir et supputer un main sur la drisse, au cas ou une risée de 40 nœuds nous surprenne avec tout dessus. Mais non, ici l'anémomètre s'est accéléré de 25 a 30 nœuds pour quelques heures, ce sont les Alizés portugais Jean-Pierre.  Concerto II a fait le trajet identique Canaries Cap vert au moteur sur mer plate avec des vents Arrière de cinq à dix nœuds . Alors après quelques tergiversations, une préparation de manœuvre, on retourne au cockpit après avoir roulé un peu de génois. C'en est fait pour la manœuvre de la journée, ainsi durant cette dernières petites traversées, les manœuvres ont été peu nombreuses

Au chapitre des petits bricolages, pas grand-chose,  si ce n'est deux palans de hale bas éclaté, les mâchoires autobloquantes s'ouvrent sous les contraintes de la bome, les lignes de pêche emmêlées, deux rapalas emportés. Et bien sur La fuite, pernicieuse et flagrante, qui suinte et ensuite s'interrompt, manière de donner des émotions au capitaine. La méthode du doigt trempé, incontournable qui détermine la salinité du mélange. Je vous en ai déjà parlé. C'est alors qu'on se rend compte, que la turbine de la pompe de cale est coincée, que la pompe à main ne pompe que de l'air car son joint a séché au fond d'un coffre. Un tuyau du dessalinisateur, mal serré qui se débranche et 100 lites d'eau de mer prennent le chemin des fonds, évidemment  juste après que j'ai soigneusement  épongé et astiqué les fonds à la suite de la fuite mystérieuse (Trop plein du réservoir d'eau douce).

Bon courage à tous, ceux qui nous supportent et les autres. La version anglaise de supporter, bien sur, de support et  d'aide. Dans la version française hélas aussi pour ceux qui de loin assument  par devoir, ou par amour les contraintes et les devoirs de notre abscence.