Le weekly 49 de Rigless Joe

-       Les foreurs c’est des gonzesses, je te dis,  tous les mois faut qu’ils aient des pertes. 

 La fois dernière le PAF perdait ses eaux, cent vingt cubes de non-aqueux retournant dans l’abîme. Jaloux, le  Saïpem se mit à faire un peu n’importe quoi enfin qu’on  parlât de lui.

Si si, n’ayons pas peur du subjonctif. Faut dire qu’on les aidât un peu. Un peu beaucoup à bien penser.

-       Qui voit une mauvaise pensée là?

Comme disait mon copain Hellène :

Une mauvaise idée est une pensée

Penser c’est bien

Donc une mauvaise idée c’est bien.

Ainsi y’avait un petit fond de vérité dans cette pensée là, sorte de sédiment précipité de fond de pot, qui rend tout mensonge honorable et crédible, comme le marc de fond de tasse signe un vrai café. On les avait bien aidés.

Purjus et décontractés dans la même mélasse. Ces types avaient loupé le weekly 40 du rigless Joe sur le bon usage et le self control dans la venue. Pour les absents, je vous en livre la substantifique :

 -       Si tu comprends rien, tu pompes, car si tu comprends bien, tu pompes. D’abord.

Alors branle-bas, plutôt branle tout court le neurone, on mit en place une cellule grise.  On enferme des types dans une boite, la cellule, qu’est pas transparente, pour gérer la crise,  c’est le gris du truc, mais la cellule on se la partage à plein de types, une cellule pour tous, ça fait comme qui dirait, dans le réduit, fatalement y’a moins de matière, la grise,  pour chacun.

 Donc au Total, merdeuuh,  je reprends, donc au final, une cellule en crise : Le Patrick content se prend un maouse augmentation vu qu’il touche le même salaire, celui de superintendant, pour faire chauffeur. Le rig, lui, pompe dans tous les sens sauf le bon.

D’ailleurs, j’en ai demandé trois fûts en urgence au Fabien. Trois fûts de 200l j’espère, parce en  barils, je serais un peu court car on a tout pompé le bons sens disponible dedans les tréfonds. Peut-être qui y’en a encore un peu au fond des silos, mais vu l’état du yard Sonils où y’a plus grand-chose qui va dans la bonne direction,  ben le bon sens,  même en pulvérulent, y en a  plus.

Ainsi, sous le Saïpem, la terre suait de l’huile le long d’une une blessure par nous  ravivée, Gaia abasourdie et ulcérée, espérait qu’on allait enfin forer une bonne patate de bon sens. Pour refaire le plein. C’était mal barré sur ce coup là.

 Tout ça pasque los géolocos, feraient même pas des bons peknos, vu que les patates, ils les voient même pas.

Le rigless Joe, emmerdeur impénitent d'après une psychiatre homonyme, partit se rafraîchir les procédures sur ce rig incontinent,  et trouva derechef  une deuxième source oïlythermale abyssale: Si si, du Brut de brut Oligocène, bien que faible en pétillant.

 Notre gigolo-gue, renâclant et grognant, balancée au panier sur le supply la Belle Hélène pour ausculter la faille et en croire ses yeux,  revint toute émoustillée de son séjour noctambule. Pas contente d’y aller, épanouie au retour.

Typiquement féminin, me diras-tu, la Femme est versatile; on l’a déjà vu. On sait pas si notre géologue vit la suture suintante, probablement la suture le vit ?

 Les types du supply  me l’ont retournée en un tournemain.

 

 

 

 

Sur notre rig romain,  on n’a jamais très bien su ce qui s’était passé entre son arrivée à bord du petit bateau, mécontente, et son retour enjouée après une nuit agitée sur le Bourbon Hélène.  

Elle nous revint, éblouie dans l’aube des tropiques humides et des petits matins langoureux.  

-       Joe, quand tu veux j’y retourne sur ton youyou !!

Les femmes c’est insatiable, en plus.

Lui avait-il servi d’autres breuvages que du Bourbon maison ?

 Donc je pompai pendant trois jours, suivant la règle des quatre rattrapages en cas de venue:

 -       Si tu pompes pas de suite, tu colles,

-       Si tu colles, tu bouches,  

-       Si tu bouches,  tu coupes

-       Et si tu coupes, tu pompes.

 D’oncques, si tu pompes pas,  tu pompes. Mais après et beaucoup plus.

 La cellule grise, peu versée dans le sophisme, palabra juste assez pour bien amorcer la pompe à bourdes et ses conséquents rattrapages corollaires.

A tous les coups, dans la cellule grise, ceux-là apprenaient peu de l’existence partagée avec leur épouse patiente. Comme disait l’oncle Ferréol, mon vieux parrain survivant des tranchées de 14, alors que nous cahotions en charrette vers les vignes du bout:

-       JP, parfois avec les femmes, quoique tu fasses, c’est pas bon, mais si tu fais rien, c’est pire.

 Les vieux, quand ça n’a pas fait les tranchées, ça a vécu avec les femmes longtemps, ils sont donc philosophes, et parfois je me demandai en l’écoutant broder ses histoires, s’il n’y avait pas des moments où il était mieux sous les averses de poudre, d’acier, de  pierrailles et des corps en charpies !

-       ????, je comprends pas tonton !

-       Tu verras, Joe, tu verras ;  répondit-il, rêveur en faisant claquer nonchalamment son fouet au dessus du cheval.

Ben, les foreurs sur ce côté, c’est un peu comme les femmes, quand y font rien c’est pas grave, c’est pire.

-       Je t’ai parlé de l’écope à naphte ?

 Les autres rigs  beuglant à réclamer toujours plus de boue, je pouvais leur tirer une flow line en Drill pipe  à partir de sources abyssales  plus ou moins naturelles. Plutôt moins d’ailleurs. Heureusement, de fil en coup de pompes, on se débarassa vite fait, d’un bon paquet de contamination –  nom du non-aqueux qui s’obstine à venir quand tu veux pas -  en le circulant sous duses.

Les romains hystériques paniquaient sur leur compteur en pourcent s’en s’apercevoir que du gas, y’en avait point depuis depuis depuis…. dans le puits désormais dompté. Ils circulaient les sand traps plein de non-aqueux quasi pur. Fatalement faut pas mal de temps. Faut dire, que les 4 cubes déclarés du Wellview, s’étaient dilatés comme rate qui rit.

J’en comptais 35 cubiques dans mes bassins accueillants. Je subodorais le by-pass sauvage de trip tank, le décalage sauvage d’indicateurs aveugles.

 -       Mais Capo ! l’appareil lit 65% de gaz  dans la goulotte ! Et le GEO dit 100% !

-       Eh, grand couillon, tu fourres ton nez dans la goulotte pour respirer ? Il est où ton nez putain ?

-       Ben au bout de ma tête Capo !

-       Mais la tête, tu la mets où, duc…Doutché ? En l’air hein. Eh ben, mesures au bout du nez !

-       Ben merde alors, ya 2% Capo,  regard illuminé du type sur son compteur !

Ce que c’est quand même d’être superintendant de forage. A partir de là, les romains ont cru que j’étais intelligent. Petit plaisir délectable, qui explique aussi  pourquoi tout bon superintendant aime à quitter la chaumière au coup de quatre.  Intelligent, un mois sur deux,  à 50% les mecs, par contre ça aide pas pour la Mensa.

-       Et géoservices alors ? lança le boueux.

-       Ben,  ça marche comme los géolocos, c’est des poètes ces mecs, des artistes, d’ailleurs c’est là qui ya le plus de gazelles t’as pas remarqué ? Elles font dans le qualitatif, tu piges ? Les pourcents sont pifométriques, fugaces et volatils.

Je me régale un petit coup ;

-       Eh Duc., il lit combien de pourcent de bon sens,  ton aiguillomètre à gazogène?

Le mec tripote les touches, le gaz de ‘’bon sens’’,  y’a pas sur le compteur.

-       ya zéro Capo.

-       C’est bon, comme dans la cellule grise. On va pomper pour être sûr !

Dans le forage, tout est dans le psychologique mon pote :

-       Pompe à 30 coups les gars !

Et tu marques dans ton tally book, 10heures 32 mn 20 sec,  pompe à 30 coups, nombre de coups de masses que je devrais leur foutre sur la tronche. Du moment qu’on pompe on maitrise.

Mais j’aurais même pas le plaisir de terminer le nouveau puits avec le Saïpem 10k, une fois trempé notre outil dans les tréfonds mouillés, la mer c’est mouillé les mecs ! Dès le 26 ‘’, le chef me transféra illico dans le pur style coït interuptus,  vers un destin réputé plus stable. Quoique.

D’un coup de baguette magique, je me trouvai propulsé avec les gusses du Chien Noir numéro 6 qui s’étaient oublié dans les bras de Morphée alors que leur trépied retournait subrepticement à la faveur de l’obscurité dans les eaux noires et tranquilles du shallow water angolais.

Quatre degrés de gite plus loin et la proue  un demi mètre dans l’eau, les romains déconcertés, réveillés par le clapotis s’apercevait  que l’Atlantique était une mer à marée.  En gros, je revenais barboter les pieds dans l’eau sur un tripode qui fonctionnait comme un moteur sur trois pattes.

-       Joe, si tu veux nettoyer la tête d’un âne avec du savon, tout ce que tu fais c’est gaspiller du savon et gaspiller de l’eau ! lança le captain en brassant violemment les airs, façon napolitaine.

 Le grutier attentif, essayait en vain de suivre la gesture intempestive en poursuivant le doigt vengeur du capitaine,  son container pendu au crochet aérien  décrivant de délicieuses arabesques dans les cieux limpides mais encombrés.

Si on décapite une tête où ya rien dedans, faut faire quand même un event report ?

 On fit le tour du rig pour qu’un interprète hypothétique déchiffrât au grutier  une avoinée napolitaine salée comme un anchois de Collioure : il était le seul à comprendre le russe le grutier. Mais que le Russe.

-       Mais Capo, ça entend rien un grutier dans sa cahute ! Pas la peine de lui parler.

-       Pas con !

Le bon sens sauvage poussait au coin des racks par ici. Allait falloir être vigilant, putain !

 Deux jours à yoyoter  le spud can bâbord : on venait d’inventer le spud can reaming. Eh oh sans rotation quand même. Le pied équilatéral, c’est encore loin de la quadrature du cercle.  Comme quoi, la procédure arrive toujours après la connerie. Sans connerie, tu te rends compte du nombre de mecs au chômage ! Heureusement qu’y a des foreurs, merde.

 Notre HSE canarien, colla un stop card pour manquement au port de lunette de sécurité, sur un rig où personne travaillait.

Magnanime, on l’écarta de devant une bordée de réductions qu’un méchant coup de roulis fit valser  sur notre ponton flottant.

-       C’est normal ça, c’est le roulis, lança un marrant.

-       Remarques là, c’est du tangage, répliqua un autre, on doit flotter à nouveau.

-       Ah, OK ! Le type continua à écrire son stop card sur les lunettes, y voyait pas plus loin que les siennes.

 On repose les pieds d’aplomb alors que je ponctue ce weekly.

 Rigless Joe, en direct du trépied bancal, le Perro Negor 6

 

 

 

 

Argonaute III

 

 

 

 

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