Almerimar - Las Palmas (Canaries)

Nous quittons la marina d'Almerimar officiellement afin d'attendre la fin d'un bon Sud-ouest de 30 nœuds en plein sur le route du rocher. 

jambons el ejido.JPG (155472 octets) En vérité, je vous le dis, après l'achat de 2 jambons espagnols à El Ejido chez La Alpujarrra. J'ai hésité sur l'achat de l'authentique  couteau jambon, longue lame effilée, une fine lame  de Tolède! J'ai hésité, j'allais le regretter. 

 

 

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Et puis en avant pour la risée Perkins, avec un ou deux moteurs car à mesure de l'avancée vers le détroit le courant contraire prélève sa taxe sur la vitesse GPS. Un courant de marée assez puissant pour propulser des masses d'eau de l'Atlantique vers la Méditerranée. Nous avions pourtant bien étudier l'abaque des courants afin d'ajuster notre passage du détroit avec un courant sortant improbable.  Mais l'océan n'a pas voulu suivre les indications du guide, et le flot a simplement été plus ou moins négatif.  Un passage du détroit  dans les bancs de brume plus ou moins denses. Plutôt plus d'ailleurs. Visibilité de 100 à 500 mètres, sirènes des cargos qui nous entourent, heureusement Loulou est là qui connaît les règles: Un coup de corne de brume, il passe à droite, deux coups à gauche. Il veut dire à Tribord et bâbord, c'est évident. C'est aussi notre spécialiste navigation électronique: une oreille à la VHF, une autre à la BLU, un oeil sur le radar, l'autre sur le GPS. 

C'est sécurisant. Et permet de rester à l'abri du dog house dans le frimas et la froidure. A quelques 20 milles d'Almérimar, le skipper plus primaire, plus primate dirait mon psy préférée,  tombé de sa bannette avant l'heure,  coupe les moteurs en ouvrant ses mirettes dans le noir, pour  éviter un catamaran au moteur en  route de collision  30m sur l'avant. Explication de texte du skipper, et justification de l'équipage; parait-il c'est l'angle mort dû au mat qui l'a occulté de l'écran radar....Bon.

Moralité 1 : Les yeux fonctionnent mieux que le radar par nuit claire. 

D'autant que Deux heures plus tard, en entrant de nuit dans le port d'Almérimar, deux bateaux sans feux de mouillage se balancent à l'ancre devant l'entrée du port,  Alex à l'avant devine les silhouettes en contre-jour des lumières de la ville , en contre-nuit devrais-je dire.

Verdict de Loulou: Rien devant. Bon j'exagère, c'est verdict du radar, car il lit le radar qui ne lit rien. Faudra que je re-mesure la taille du mat: Je dois avoir un séquoia dans l'emplanture pour justifier l'ouverture de l'angle mort. 

Moralité 2: La lecture radar est efficace à condition de passer plusieurs minutes face à l'écran afin d'éliminer d'une part les échos parasites, de repérer les faibles échos qu'on a manqué lors du passage du faisceau. 

DSC00495.JPG (136922 octets) On en rit encore, en filant dans la brume au milieu des sirènes. Ulysse est loin, les sirènes des temps modernes ont un chant plus lugubre. Alors pour jouer au grand bateau, nous sortons  la corne de brume et commençons  à nous époumoner dans la trompette à six sous. Un plaisancier nous croise à 500m au vent, on suit ses pointillés sonores. Nous resterons à la limite du chenal des navires avant de le traverser en direction des Canaries, en espérant que la brume se lèvera après le détroit. Les bateaux de pèche sont visibles au radar, en appliquant la moralité 2. Mais nous pouvons les deviner à 200 mètres, le temps d'ajuster notre course. 

Enfin  nous entrons dans les mers ténébreuses, on les nomme ainsi du temps de Christophe Colomb. La nuit,  les dauphins nous allume  un sillage phosphorescent, et virevoltent la nuit à l'étrave dans une gangue scintillante comme des elfes en habit de lumière, ils nous guident vers la sortie. Alors, juste pour tromper l'ennui, c'est l'expression consacrée,  car ici il n'y a pas d'ennui, l'ennui c'est quand il n'y a pas d'ennuis, on tente seulement de tromper  l'angoisse suscitée par ces Léviathans qui déboulent dans une bouscaille à couper au couteau! 

Oui, mais voilà: la fine lame de Tolède sert à découper le jambon, mais surtout  à trancher à grands coups de la lame effilée  le brouillard qui stagne sur  le détroit. 

Et puis par magie en franchissant les colonnes d'Hercule, la brume s'estompe et reste accrochée sur le rocher. Il était temps, on avait débuté la traversée du rail il y a déjà une heure, en pariant que l'influence des grands bretons ayant beaucoup perdu ces derniers temps, le fog ne pourrait pas durer.

Cap sur les Canaries! Grand ciel bleu, vent portant, qui oscille entre le travers et le plein vent arrière, juste pour faire valser le tangon et ne plus vous faire regretter le mer première, et ses perpétuelles manœuvres. Avec dans l'ordre habituel d'une journée de voile en Mare Nostrum: Moteur, génois+ GV, rouler le gegène, un ris , rouler, deux ris, renvoyer un ris, tangon, rouler, empanner le tangon, lâcher le ris, affaler le tangon, dérouler le génois, tout rentrer, border la voile dans l'axe et moteur.

Ne vous inquiétez pas, cela fonctionne aussi dans le désordre, ou à partir de n'importe quel point de la séquence.

Donc cinq jours de portant pas vraiment tranquille, à cause aussi des cargos, deux à trois par jour, et de quelques périodes avec 30 nœuds de vent. La mise en jambes de chacun, la reprise des quarts 3 heures/3 heures. Finalement bien qu'à trois, nous alternerons en  deux quarts: équipiers et Skipper, car le tour d'horizon des 10 minutes, avec les yeux s'il vous plait, disparaît parfois dans les nimbes du sommeil de certains, et les réglages de voile remis d'office  au quart suivant, c'est une question d'inertie soi-disant. Quelle corvée,  il faut régler les voiles sur un voilier, si si! 

DSC00056.JPG (134603 octets) Alors pour conserver la paix, trois  colombes de voyage nous font un brin de conduite. Éreintées par un trop long parcours, une d'elles nous accompagnera jusqu'au ponton.

Et puis une arrivée à Las Palmas, direct à la marina. Une équipe est là; même en dehors des heures d'ouverture pour vous indiquer la pane: "No te preocuppa" , pour les papiers on verra demain. La police du port effectue des rondes en permanence de jour comme de nuit, ce qui nous permet de recharger nos stocks d'adrénaline. C'est une denrée que le skipper consomme passablement.  Bien que le mouillage soit protégé et gratuit, le climat est passablement tropical, et les annexes s'évaporent déjà.

Morale 3:  il faut laisser l'annexe dans une marina lorsqu'on descend en ville, bien qu'à Gibraltar elles s'évaporent également. 

Sinon, comme nos jeunes voisins, on finit quand même à la marina, puisqu'on n'a plus d'annexe, pour en acheter une. Le tarif du port est nettement moins cher. A titre indicatif 75Euros pour 15.3m, pour 5 nuits. Le virgule 3 est important!

Un bon point et un grand merci à tous les hommes de quart et les capitaines des ferries, cargos, tankers et tous les Léviathans d'acier, ils se sont tous détournés de notre route, même lorsque nous étions au moteur.

Au revoir André qui nous quitte aux Canaries. Il n'a pu laisser ses problèmes de terriens sur le quai: magie du portable, magie noire j'entends. Notre estimation de la constante de gravitation n'était pas la même soit mais  un vrai maître-queue, dommage qu'il ne puisse plus exercer ses talents à bord.

Un grand Merci à Jacques notre support BLU qui nous réconforte et nous guide, et nous envoie des prévisions météo à plus long terme.

Et bien sur, une tendre pensée pour ma Pénélope sans qui, rien de cela ne serait possible! 

A suivre : Las palmas aux Canaries

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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