Le weekly May 2010 de Rigless Joe.

Les tigres de papier

-       A l’eau !  à l’eau !! Hurle  le toulpoush dans sa VHF.

-       Allo ! allo ! mais vas-y, parle donc ! porké putana ! beugle le mécano planté devant son poussoir de pompe.

-       Allo, allo,   à  l’eau, à l’eau Merdeuuuh !!! A l’eau, pas allo ni à la boue, putainng…!! !!!!!!

Faut dire que sur notre trépied la circulation de fluides est aussi congestionnée que celle des idées. Chez les Napolitains, les idées ont disparues avec les sesterces. 

L’eau ne vint point, la mésentente perdit de sa cordialité à la vélocité avec laquelle  s’épanchait notre boue dans les tréfonds. Je me voyais déjà en haut de l’affiche, en train de sceller un destin précaire quoique dé-contracté.

-       En gros gras, genre huileux mâtiné d’œuf pas frais,  sur la première page des journaux cathodiques « Une mini-golf of mexico dans la mer de Guinée, un Tripode impérial  s’enfonce du côté obscur ». On l’a déjà vu, le journaleux est nécrophage.

Je vous rembobine l’histoire:

Des potron-minet, je touille mon ersatz de chocolat avec la fausse cuillère dans un gobelet plastique, décontracté, un oeil sur l’écran enregistreur, l’autre encore dans les limbes nocturnes d’une autre époque.  

Pour l’Antonin,  c’est comme du temps des Romains, du temps d’Antonin l’empereur, mais plus loin encore, genre Crétacé, pire même,  avant le pétrole, à peu près au  Précambrien, les ages sombres d’avant sa naissance. Un temps lointain où on regardait tourner la kelly à travers le hublot du bureau, en sirotant une bouteille de cervoise, si si, y’avait même pas de canette t’as qu’à voir,  avec le couinement paisible et rassurant  de la table de rotation gnic, gnic, gnic, gnic.

-       Non, les jeunots, la table c’est pas un accessoire de cartomanciennes

-       Gnic, gnic, gnic, gnic ……

Tu pouvais, à la jumelle, voir la réglette du trip tank, surveiller ton puits, connaître la vitesse de rotation, à trois RPM près juste à l’oreille, le ROP itou parce que la craie blanche ça se voit bien de loin.  

Aujourd’hui on a vachement évolué, sur les trapanelles modernes, le trip tank, il est caché, y’a plus de réglette, de flotteur, de petite poulie. Le vieux tt à réglette, ça enregistrait rien du tout et c’était pas grave parce qu’en ces siècles perdus on croyait à la parole de l’homme, la parole c’était du solide,  la poignée de main  un contrat gravé dans le marbre, un regard scellait un contrat.

-       Merde, évolue JP, tu passes à la télé !

-       Ouais c’est vrai, mais dis donc, le fameux trip tank cybernétique sans réglette, il verse dans le pentu oblique non ? Passe un coup de biniou au plancher.

-       Rig floor, rig floor, vous remplissez bien les tiges ? lance l’homme de la compagnie.

-       Ouais ça remplit super !

-       Super  beaucoup ou  super moyen ?  dis-je en agitant la tige plastique dans mon chocolat.

-       Ben une fois et demi le volume intérieur du string, déjà.

-       Demandes-y keski dit le niveau dehors du string. La tige plastique s’accélère carrément dans mon gobelet.

-       Y dit qu’y peut pas voir à cause des bushing, mais on remplit vachement bien avec le trip tank.

-       Eh bé, il enlève le bushing et y regarde ! et y appuie sur la kill de remplissage au hasard ! Je lui lance en coiffant le bassinet et renversant le chocolat.

-       Allo ………

Je fais semblant de pas courir au plancher des fois que le google spécialist me te colle un ticket stop. Notre HSE, Hectoplasme Superbement Emmerdant, british par un malheureux  hasard –y’a quand même des types maudits des Dieux - remplit pourtant bien plus que son temps de travail, 13 heures par jour le roquet, pas mal hein !  Une dehors, 12 au chenil google.

Chien au chenil aboie à ses puces, chien qui chasse ne les sent pas comme disait l’oncle Ferréol.

 

Donc si ces sots grenus faisaient de la safety, ils en parleraient moins. Le HSE applique à la lettre la company rule détaillant les quatre façons  de perdre son temps : rien faire, mal faire, faire au mauvais moment, faire quelque chose qui sert à rien.

-       Le niveau s’étant  perdu en chemin. Je me hâtais lentement, sûr qu’on remplissait grand V par la Kill idoine, spécialement repérée, rabachée, .

Que nenni, le toulpoush, s’excitai sur les manettes : le CP au café, la flow line branchée la kill s’étaient désaligné toute seule à la faveur des ténèbres profondes dis donc.

Arrivé au dog house,  le mécano hurle dans sa VHF, le company man au bigophone, l’alarme de la porte sonne en continue,  le CCH essaie d’appuyer sur des boutons. On pouvait rien pomper, vu que sur le Perro Negro six, c’est un rig magique, si si, les vannes tournent toutes seules, et le permit to work, on s’en torche itou, vu que le HSE, « to work », y sait même pas le mot.

Même qu’on a pas encore renversé d’huile dans l’océan. Eh ho, d’huile brute, les romains c’est raffiné, c’est ça qu’ils  mettent dans la mer en général. Non, souvent c’est plus juste. Et en quantité, vu que le foreur est généreux

Tranquille,  la torche à la main je file à la table pour appliquer la méthode STTP  pour sentir le vent:

( STTP :Soyo trip tank pifométrique) :  

-       Est-ce qu’il respire ?

Cool, à 220m3/hr, qu’il buvait le petit, aussi rapide qu’une  glotte de CP écossais éclusant son ¾ de malt en fin de séjour. J’avais dix minutes pour qu’on atteigne l’équilibre soyotesque.  

-       Michel, et si tu me mettais un petit coup d’emergency fill up ; là juste pour voir. Pour moi, Joe,  ton copain.

-       OK Rigless, si tu veux! Dis donc,  t’as vu la torche ? elle éclaire plus des masses hein !

-       T’as raison, on va changer les piles, on voit plus bien le fond, où qu’y’a le niveau. Et puis, on commandera un halogène, pour voir plus profond.

A Soyo , pour les work-over, on avait bonifiait la méthode Somoïl de contrôle des puits : Au départ  pomper de l’eau jusqu’à plus soif, modifiée en méthode du suicide à l’étouffée dite de l’euthanasie au watercut: tu laisses le puits produire dans une citerne, c’est le coté naturel du dégazeur atmosphérique, sans la rallonge en haut du derrick, car y’a pas encore le derrick. T’as que la citerne.

Y’a des trucs, moins on est, mieux on est.  Quand il y assez d’eau dans la colonne, le puits est en coma artificiel, tu peux opérer. Y’a qu’à attendre loin en grillant la clope quand  le gas part.

-       eh ho les gars, au vent merdeuuh !!!

-       Mais capo, l’ombre est sous le baobab, ici!

-       Ouais, et le briquet c’est la citerne là !OK !

De toute façon des dégazeurs y’a n’avait pas, les flowlines jusqu'à la station bouchées ou les tubes sont partis soutenir les paillotes. L’autochtone est rangeur, le tube qui traîne dans le champ de manioc, c’est pas bon pour la houe, un peu comme le peigne pour le picot. De toute façon, les tubings étaient en osier et les casings itou et quelques  maîtresses suintaient en gazouillant au bout des champs.

-       on parlent bien de vannes.

Sur le trip tank antédiluvien, si la réglette se coinçait jamais, c’était toujours qu’une fois, une seule. Je vous livre une autre règle du pouce, pour éviter le coincement de la réglette du trip tank.

- Hey, le rig less, TU LA VOIS LA REGLETTE ? C’EST TON BOULOT LA REGLETTE TU TU M’AS BIEN VU DANS LES YEUX ? TU LA VOIS LA REGLETTE DIS !!! Hurle le toolpush rouge comme un gland congestionné, le casque contre le tien, dans une bordée de postillons au pastis.  

Trois postes au fond des bacs à remplir des sceaux  de cuttings OBM à la baryte, ben mon pote  la réglette du trip tank plus jamais elle se coince.

-       Et si t’as envie de pisser, Rigless,  t’as  le sceau, je veux pas voir ta tronche sortir du bac.

Je me souviens encore de la sagesse prémonitoire de l’oncle Ferréol :

- Joe, comme le jour éclaire les hommes et aveugle la chauve-souris, la réprimande améliore le cœur sage et fait empirer le sot.

Mais retournons sur le Chien Noir, trépied probablement éphémère :

Si je suis là ; c’est qu’on a réussit à remplir à temps, comme quoi le bon Dieu est Français, pas américain  Italien ni british.

Le trip tank moderne, micrométrique, digital, enregistrable, paramétrable, lui, c’est pas pareil.  D’abord s’il se coince, ya un ectoplasme qui accourt avec son computer et claviote des lignes de code, avec un mot magique : attends ! Le con de trip tank, lui y sait  pas attendre.  Le trip tank c’est pas féminin, pour lui comme le roughneck, attendre c’est un effort. Jusque là, c’est comme à la belle époque. Sauf qu’aujourd’hui,  y comprend plus les coups de masses décoinceurs de réglettes : ya plus de réglette ! Et le pôvre pianoteur de clavier hystérique et compulsif,   tu peux même pas l’envoyer dans les bacs, y sait même pas de quel bout ça se tient une pelle, d’où le déficit de motivation pardi.

Imagine le morning meeting:

-       Rigless, on te colle un stop card pour avoir envoyé un ingénieur pelleter de l’OBM sans PPE, sans work permit, sans masque, sans safety line, sans extincteur, sans gas détecteur, sans camarade, sans ventilation, sans…….cafarde l’ectoplasme HSE.

-       Ben quoi,  je lui apprends à réparer un trip tank putaing !

Et c’est depuis qu’on apprend plus à réparer les trips tanks comme il faut que fatalement ils sont en panne souvent.

Dis-moi, qu’est que tu veux qu’il comprenne le pov’HSi, spécialiste google, anglais en plus,  enfin, en moins je veux dire. Spécialiste surtout de la tétracapillectomie. Ainsi à la question métaphysique de savoir si en mettant 2 milliards d’imbéciles devant deux milliards de claviers, on arriverait à sortir une tragédie de Sophocle ou m^me plus simplement  un programme de forage, eh ben grâce à Internet, on connaît la réponse. Et les Hsi aussi.  Si j’étais cannibale, c’est pas tellement à me les faire cru à l’apéro le plaisir, ce serait plutôt la jouissance à les vomir.  La vengeance, ne répare pas les torts ni ne redresse les tordus. Juste ! Mais elle en prévient mille autres.

-       Mais quand il marche, le trip tank, tu te demandes hein?

-       Ben là mon pote, tu vas avoir la clé du golfe. Qui, je subodore, va resservir souvent.

Le trip tank monte. Ou descend. Je fais simple, disons y’a que lui qui bouge. Sinon, ça complique,  l’addition suffit plus comme outil, faut maîtriser la règle de trois, et si tu sais, c’est que t’es déjà superbe intendant. Doncques ça bouge. Pas la règle merde, y’en n’a plus, suivez !!

-       Hé les gars, le trip tank y bouge !

-       T’inquiètes Rigless, c’est ce con de second qui transfère.

L’ampoule clignote, c’est plein, trois coups de joystick, on vide.

-       C’est le trait ROUGE là tu vois, Joe, ça descend ! Ricane le CP condescendant.

Toi Rigless Joe, un peu couillon, tu fais le tour du plancher, et le con de second, il est là en bas sur le deck à essayer de dévisser aux palans à chaîne  des protecteurs de casing collés depuis Hérode. En période d’isation les protecteurs se graissent plus tout seuls sur les parcs à tiges. Mais c’est une autre histoire pour la prochaine fois.

-       Merde,  la vanne fuit encore, envoie le mécano ! lance le chef de poste,  au CHH, là bas au frais devant son computer. Ouais !  Rigless je revide, c’est cette putain de vanne.

-       Elle se siffle ta vanne, t’as vu ! C’est marrant non ? C’est plusss pentu.

Au quatrième coup, il  ferma le BOP.  On déborda un peu de non aqueous dans les abysses. C’était pas mon rig, car sur le trépied, c’est pareil, mais dans l’autre sens. Ainsi,………   suite à la prochaine

 

Rigless Joe,  optimiste impénitent.

Les gars : derrière les nuages, il y a le Soleil.

 

 

Comme toujours, tous les personnages et les situations ont existés dans un galaxie pas si lointaine

 

 

 

 

Argonaute III

 

 

 

 

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