Rigless Joe compte ses amis

 

L’autre jour, panne sur l’avenue avec le copain Paul, il ouvre son coffre pour sortir le cric et…

-       Paul,  t’as pas de pelle dans le coffre ?

-       Une pelle, mais mon pÔÔvre, plus personne n’a de pelle de nos jours! Ça te sertirait à quoi d’ailleurs, aujourd´hui un téléphone suffit,  faut être branché.  

-       Oh c’est juste  pour les débranchés ! Des fois que.

J’ai laissé le Paul divaguer, ce ne serait jamais un ami. Un type qui n’a pas de pelle dans son coffre, dans son garage ou sur son bateau, c’est l’ami de personne.

 C’est même pour ça que l’humanité  se divise en deux catégories : les types sans pelle, c’est sans appel pour eux, et les types à pelles. Ce qu’on appelle pour recruter les amis, les vrais.

Mais pas tous.

 J’avoue qu’il a aussi une troisième engeance sur cette planète, inclassable au dessus,  indispensable,   nécessaire mais pas suffisante, ce dernier  point  d’ailleurs  les agaçant  furieusement ;   une race à part,  incluse par récurrence  dans l’humanité, même si le Grand Créateur  a commis une faute Cyclopéenne  pendant leur construction.

Dans leur cerveau,  féminin donc,  IL a remplace le neurone « shovel »  par une cellule  « whydoyou ». En français la fibrille neuronale dédiée à la « pelle » par la connexion « pourquoi tu fais».

La preuve, les filles ça tient jamais de pelle, et nous on s’en ramasse plein.

Conséquence c’est hyper rare une femme amie. Amante, maîtresse, épouse,  polissonne (les amatrices), péripatéticienne (les pros), clitoridienne ou  hystérique, vaginale ou frigide, des tas de sous-espèces,  peu d’amies.

 Au départ, chez les gars, une pelle ça sert parfois, donc le neurone associé ne meurt pas. Point. C’est le coté conservateur, flegmatique  du male.

Tiens, ouvre ton placard à la maison, d’un cote deux paires de chaussures, une pour le bureau,  une pour le bateau. T’as qu’une paire de pieds, c’est  100% de luxe. De l’autre cote du placard, le grand cote , putain…., tiens quand j’ai connu ma blonde, ouvrant le placard après le premier frisson, je suis vite retourne sous les draps pour vérifier si j‘avais pas sauté une mille pattes !

Ben chez les filles, quand elles s’aperçoivent qu’elles sont filles justement, le neurone des chaussures se ramifie, il leur en faut plein, et celui de la pelle se transforme en « pourquoi tu fais » et son corollaire  « pourquoi tu fais pas ».

-       Pourquoi tu fais pas comme ci, pourquoi tu fais pas comme ça.

C’est comme ça ; elles ont des petits tétons qui poussent, elles balancent les hanches, et leur petit cul tangue et roule en cadence – naturellement. Ben comme dit le copain Lavoisier tout  se transforme. Même les neurones.

Pourquoi hein pourquoi ?

 Ah oui, Tes amis, les vrais ? Ce sont les circonstances qui les révèlent.  Voila comment c’est arrivé. Un jour je me pointe un peu tard, entre le dessert  et les bisous,  chez mon copain Jacques :

-       Dring dring.  Salut Jacot, j’ai besoin d’un coup de main.

-       Salut JP, ça urge ?

En arrière dans la cuisine j’entends, c’est encore ton copain JP, il a vu l’heure ?

-       Jacques, je lui chuchote,  j’ai fait une connerie.

-       Grosse ?

-       Ben,  90kg à peu près, j’ai eu du mal à le foutre dans le coffre ce con.

-       Bouge tranquille, je vais chercher les pelles. On va aller dans le bois de la vieille Émilie la sauterelle, tu te rappelles celle qu’a sauté tout le village.

 Combien d’amis parmi tes copains ?

Tous ceux qui sont allés chercher les pelles, juste en te demandant si t’avais pensé a  la bière.

Pas la bière pour loger le cadavre qui morfondait patiemment dans le coffre, la bière en canette par pack de six. Le trou standard, 6 pieds long, c’est profond, ça assoiffe. 

Alors dans la nuit sépulcrale et lugubre,  ahanant de concert, courbés sur nos pelles, j’ai éprouvé la ferveur  de l’amitié à l’urgence de la pelletée rebondie, au coup de rein régulier et douloureux qui s’arque boute sur le manche poli de l’outil, aux perles de sueurs qui viennent humecter le terreau terrassé, au  parfum lourd et humide de l´humus oblitérateur,  la goulée partagée de cervoise rédemptrice  rafraîchie par la froidure des ténèbres :

-       Bon Jacques  faut en finir avant l’aube! 

Un trou, la nuit parmi les bois touffus et mouillus, c’est déjà pénitence. J’entends  ceux de 6 pieds de long, bande de pervers.

-       Ouaip, réplique Jacques en faisant claquer la langue sur une lampée gouleyante de mort subite,  il nous aura fait suer jusqu’au bout ce con, t’as bien fait de le débrancher.

 Débrancher, car  je l’avais décroché d’une branche d’où je il avait glissé.  

 Mais alors,  ceux avec des pelles qui sont pas mes amis?

Ben,  ce sont les copains du mec dans le coffre pardi.

Eh ho ! En vrai, dans le coffre y a jamais eu personne, t’as qu’a demander à Jacques. Est-ce la peine qu’on karchérise le coffre à chaque voyage, car plus un seul bougre ne bine son potager et  les pandores itou, y’aura jamais  un quidam pour discerner les mottes ou le pissenlit s’épanouit  dans les sous-bois.

Si un jour dans le besoin, au lieu de voir se pointer les pelles, souvent  tu entends comme moi :

-       Pourquoi tu fais pas ta sale besogne tout seul? Celui-la attend la première occase,

Au féminin, comme pour les chaussures,  toujours l’infini des variantes,

-       Pourquoi tu fais pas grace au  bonhomme ? La sainte nitouche intègre (iste ?) ne fait pas dans le péché.

-       Pourquoi tu fais pas appel aux gendarmes ? Elle veut dire, Vas te faire encabaner canaille !

-       Pourquoi tu fais pas  partie des  embastilles de l’asile? Elle pourrait m’y envoyer d’un trait de plume.

-       Pourquoi tu ne prends pas une pelle mécanique ? Transcendance sublime de l’esprit pratique au féminin.

En vérité  je te le dis, tu comprendras que t´as  plein de copains, et  pas beaucoup d’amis. En statistique biblique, t’as même pas un ami parmi douze copains. Par contre, y’a toujours un traître à trente sesterces.

Quand t’es mercenaire c’est pas pareil, c’est toi  qui envoie le pilum sur celui qu’a le moins de pognon de préférence déjà cloué sur un bout de bois, mais en même temps, auxiliaire c’est un métier dangereux  ,  être raccourci à la fin, c’est statutaire.

Pour info, les auxiliaires dans la légion romaine, en quelque sorte dé-contractés d’aujourd’hui, c’était un tiers de la solde du citoyen romain purjus. Et ils en trouvaient.

Attention les gars,  si vous rafraîchissez le chef sur la solde de l’auxiliaire, je lui rappelle la première rotation du purjus légionnaire,  vingt ans et les week-end aux calendes grecques. Luanda-Rome a pied c’est loin.

 Alors depuis j’ai des pelles à la maison, dans l’auto et au bateau.. Et même une pliante dans le sac à dos. Des fois que. Depuis, j’ai plein d’amis.

Et même pas de remords ; comme disent les cow-boys, vaut mieux avoir des remords que des regrets.

 Alors juste avant d’être ap-pellés en enfer, si si c’est la que vous irez aussi, moi je prendrais la nationalité nigériane.

En effet, le programme standard de tous les quartiers de torture infernaux,  commence par la chaise électrique pour te titiller les roupettes, vous savez,  punis par là ou tu as péché,  ensuite tu passes sur la planche à clou, pour les grasses matinées polissonnes,  enfin le supplice de l’entonnoir pour toutes les beuveries.  Les officiants sont  des putes à loilpe,  sidaïques et plombées. Tu passes d’un atelier à l’autre.

Alors j’ai choisi le quartier nigérian, parce que le directeur de la compagnie nationale électrique a  vendu tous les poteaux entre le power plant et l’enfer, y’a plus de courant ; les clous ont été vendus a l’kaïda, et même au marché aux voleurs yen a plus ; enfin tous les entonnoirs du Delta ont été fondus pour faire des tongs chinoises. Restent les putes qu’on pourra baiser à couilles rabattues et choper la vérole  un trillion de trilliard de fois, et s’en taper vu qu’on sera déjà mort.

Non non, je ne suis pas présomptueux, c’est juste que l’éternité c’est long.

Les cons débranchés,  là-haut au paradis, la gueule pleine de terre, le cul plein de fourmis,  choperont un penis elbow en passant leur éternité à la pougnette, vu que les gonzesses n’ont plus de foufounette, les anges sont asexuées.

Alerte a la pollution, attachez les zygomatiques.

 On a perdu quatre gouttes d’huile dans l’océan, branle bas des faux culs et pétoire dans le prétoire:

Y’a des caciques, faudrait leur coller un éolienne devant le  clapet : il brasse tellement d’air qu’on pourrait leur filer un ticket bonus carbone avec le courant produit. Bon en même temps il nous pompe l’air parfois.

Pour un tonnelet de bonne huile de roche, bonne cuvée oligocène mûrie en baril,  millésime  32 millions d’age, répandue sur l’onde,  il va nous faire brûler  trois millions de kilowattheures en computer power, raser 3 hectares de foret, je passe les virgules, pour imprimer des ramettes d’incident  report et autre plans fumeux. Pour déculpabiliser, il  ira brûler un bon baril de raffiné pour le week-end  en tournant en rond dans son 4x4 carré.

 

Alors que Poséidon, ce salopiaud, te suinte de  pleins tankers de brut  par  le fond des mers, des citernes d’ hydrates dans le pockmark tapi sans qu’un  alakon ne dégobille une rumeur en direct de son cervelet de Mongol.

Je zappe le fond de soute du  tanker sous-sous-sous-sous-sous contracté. Merde, je vais quand même pas cracher sur le sous contracté.

 

Un alakon ? Ah ouais.

C’était déjà un feignant au primaire, genre de mec qu’avait toujours des pertes dans les baignoires remplies par des robinets fuyards, un type qui en triturant la règle de trois se faisait exploser les quatre neurones avec ses cinq doigts. Salut Pythagore. Les pertes qui nous préoccupaient, c’était des trucs qui sortaient de petits trous, mais je m´égare.

Dans la classe, t’avais les marrants qu’en avait rien a foutre des règles de trois, parce qu’un kilo et demi  de patates a quatre balles, y savaient depuis la maternelle que ça ferait plus cher en pesant  5 kilos, et que les virgules c’étaient les épluchures. Le prof de math on l’avait rangé avec les couillons, gentil mais couillon, pasqu’au marché, on n’a jamais vu que des étiquettes gravées  en kilo tout rond, jamais en virgule.

De toute façon, plus tard  on ferait superintendant de forage, et la règle de trois nous suffirait amplement. Enfin en explo, ça suffit.

Y’avait aussi les coincés du bulbe qui ramaient sans voir qu’y’ avait même pas d’eau autour, ceux la finiraient dans la maréchaussée, soldat ou employé sécurité. Y en a une paire au dixième. Des mecs qui créent  des problèmes ou y en a pas, - réminiscence du rameur sans eau – et dans le cas contraire ceinturent en premier dans l’avion. Le fauteuil.

Enfin merde ! un écolier normal, ça essaie d’abord de voir la couleur de la p’tite culotte de la maîtresse non ?

 Et bien sur, au tout devant de la classe, l’apprenti alakon, petit rapporteur de service, fayot du premier rang,  prémonitoire reporteur allotrope, rejeton de judas cupide, détrempé et nauséabond comme un trouduc repassé a l’envers,   venait, signe avant coureur, déjà te pomper le mou.

Au figuré eh ho !

En Afrique, cette trempe de types finit sur la chaussée avec une brosse a reluire usée et une boite de cirage gras, et pour les filles a  faire les queues sur le trottoir.  Bien lustrées et sans cirage, en prenant leur repas en direct des sacoches comme dit l’autre.

Ben en Europe, les iceux et icelles  finissent comme alakons pro. Les cumulards, cire pompes et putes à la fois, passent à la télé.

J‘abrège en racornissant sinon je verse dans la tautologie : un journaliste alakon,  c’est un pléonasme !

 -       Meuh non chérie, chuis pas comme mes amis, je te conte juste quelques ragots égrenés le long des couloirs par les amis de la confrérie des célibatards temporaires et anonymes.

Comme quoi mon pote,  on peut être a la fois pur jus et temporaire. Quelque part. CQFD.

 Bonne semaine.

Rigless Joe.

 

 

 

 

 

Argonaute III