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V Tiens, je repasse les vieilles aventures, est-ce bon signe ? je vois l‘eau intensément bleue avec quelques veines blanches. Je suis bloqué dans le palan de grand voile, l’eau bleu me pousse dans le dos, je m’agrippe au palan. L’eau n’en cesse pas de pousser, de couler en cataracte, d’appuyer, elle veut sa proie, la garce. Toute la mer me coule dessus. C’est le bateau qui m’agrippe plus que je ne me retiens. Je n’ai pas peur en cet instant. Il me faut adhérer, comme une huître, un imbécile, ou un fanatique. Je tiens, je cramponne , je croche avec un instinct animal. Je n’ai pas peur, je ne suis plus un homme ; un arapede peut-être ou une anatife : pour survivre rester accroché.. Enfin le bateau se redresse et s’ébroue de l’eau qui dégouline partout. L’océan est blanc d’écume. Je reste quelques secondes accroché à mon palan, comme une araignée à sa toile. un éclair de lucidité avant que le cote obscur de la peur m’envahisse et je croche le harnais. Vite renvoyer de la toile. S’il n’arrive rien , est-ce ce qui peut arriver de pire ? Pas sur ! L’albatros à sourcil noir fait un passage, à ras de la voile, nos regards se croisent, je suis vivant, j’ai conquis son estime. Nous méritons de durer. - Regarde, dit-il, gardes toujours un peu de vitesse pour saluer les risées, comme ça…il part en glissade. Bien sur la tempête s’est calmée. Elle se calme toujours. L’essentiel est d’être toujours là pour le voir. Aujourd’hui, j’écris cette page pour mes enfants, pour leur dire qu’à l’encontre des vieux dictons, les apparences sont essentielles. Mais peuvent être fausses. Néanmoins, elles suffisent amplement à faire un monde. Même si dans l’intimité, elles sont parfois sources d’incompréhension, autant que peuvent l’être les paroles. J’aime
bien écrire dans le cockpit, une fois au mouillage atteint, les instants
magiques de la navigation passée se fondent ensemble, se métamorphosent et se
subliment. Les instants qu’on voudrait partager avec le monde entier.
Ce nuage émeraude dans le
couchant grenat, ce reflet pourpre sur une vague, l’œil noir d’un albatros,
ou l’envol d’un poisson volant ; l’attente dans la soirée de cet
instant ou la mer va dire quelque chose. Mais elle ne le dit jamais, nous
l’attendons mais ne l'entendons
plus. Ou nous l'entendons, mais ce murmure
est intraduisible comme une musique. Peut-être le chuchote-t-elle
infiniment. Tiens je me rappelle l’embrayage. Déjà deux jours que je suis sur ce put…d’embrayage. D’abord il a fallu caler le véhicule, pas assez haut pour pouvoir dégager facilement les plateaux, mais ça tu le sais qu’après bien sur. Je passe sur l’écrou qui a glisse tout à l’heure. Demi-heure afin de re-démonter la pompe à eau et le récupérer. D’autant que j’avais démonte une première fois la pompe alors que ce n’était pas nécessaire. Décidément, je devrais aujourd’hui lire un bon livre, c’est un bon moyen de ne pas se sentir incapable. A part peut-être d’en écrire un. Et puis, se laver, se changer afin d’acheter la bonne notice technique, puisque bien sur, l’ancienne page sur l’embrayage a servi de champ de bataille aux enfants. Comme elle a pris la deuxième voiture. Je suis parti à vélo me faire prêter la clé spécial-embrayage par le vendeur. Sympa le vélo. Mieux, sans la pluie. Ce doit être un entraiment pour les quarantièmes, on dit qu’il pleut aussi la bas. Et reprenons l’ouvrage. La fameuse clé a ripé trois fois et peler la main gauche, mais un petit peu seulement, juste à l’endroit ou ça doit frotter encore puisqu’il n’y pas moyen de glisser la main autrement. je suis allonge sous l’auto et depuis demi-heure je peine. Mais je ne débloque pas. Quoique. A chaque coup, un petit peu de mixture noire, sorte de crasseux stew british de graisse, sable, goudron tombe dans les yeux. Ah voilà j’ai trouve la bonne position, a tâtons, sur le cote, la clé accroche. La clé a molette me taraude la hanche ; non je ne lâcherai pas maintenant ! Même avec un peu plus de la mixture graisseuse dans l’œil droit. Hummmpf, la position est limite, on est à cet instant fatidique ou tout bascule. Débloque ou dérape ? Quel sens ? Dans l’œil gauche viennent d’apparaître ses chaussures. - Jean-Pierre, tu m’aimes ? -
- Dis ? La clé s’échappe et gicle, la main s’explose sur la rotule – la droite cette fois- une giclée de sable galeux m’atteint dans l’œil qui repousse la tête contre le carter. Je serre les dents, façon de mordre et de point lui faire mal. - Voilà, je le savais ! ..J’entends la porte claquer et sa voiture partir en colère. Je reste là, crucifié. Ne rien dire est une chose, ne pouvoir rein dire en est une autre. Elle s’est fiée aux apparences. Je m’extrais, furibond, désappointé, incompris. Je viens de louper une question existentielle. Encore. Peut-on se consoler en pensant que les malentendus sont féconds. ? Elle a dit plus tard, après la paix, qu’elle ne comprenait pas pourquoi on n’avait pas donné la voiture au mécanicien, mais aussi que je devais d’abord répondre aux questions importantes. Mais comment faire comprendre le désir d’entreprendre ce qu’on ne sait justement pas faire ; afin de se mesurer à l’obstination des choses. Sans y être obligé. C’est sur, j’avais pris une ligne supplémentaire dans son petit carnet. Car je savais déjà, que les femmes pardonnent parfois, mais n’oublient jamais. J’avais beau expliquer qu’il fallait aussi douter des apparences, elles étaient aussi ce que j’entrevoyais du monde, et qui motivait mes projets. Ce n’était pas qu’ une apparence de contradiction. Il y avait un doute, cela seul était certain. J’ai parlé des mes rêves de mer, de vagues et de vent. Et sûrement c’était une erreur à ce moment. Je voulais lui paraître consistant et je racontais l’impalpable.
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