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A
partir de l’Histoire Romaine de Tite Live - Livre III : Les événements des
années 467 à 446 avant Jésus-Christ
Cincinnatus
Céson Quinctius,
Fils de Céson Quinctius Cincinatus,
est mis en accusation en 456 BC par les tribuns.
Deux ans plus tard, il était facile de
voir que les esprits attachaient à la condamnation de Céson la cause de la
liberté. Défendu par les praticiens, il est condamné l’année suivante sur
la base du témoignage de Marcus
Volscius Fictor. Verginius
ordonne de saisir cet homme, de le jeter dans les fers. Les patriciens
repoussent la force par la force. Titus Quinctius ne cesse de crier "que
lorsqu'un citoyen, sous le poids d'une accusation capitale, est à la veille du
jugement, on ne peut l'arrêter avant sa condamnation, avant sa défense.
On s'adresse aux tribuns dont la décision,
par un moyen terme, maintient leur intervention, s'oppose à la mise aux fers,
ordonne qu'on citera le coupable, et qu'une caution pécuniaire répondra au
peuple de sa comparution. C'était
le premier exemple de cautions en affaires publiques. Renvoyé du forum, Céson,
la nuit suivante, s'exila chez les Étrusques.
L'argent promis fut exigé du père,
Cincinnatus, avec tant de rigueur qu'il vendit tous ses biens, se retira comme
un banni, au-delà du Tibre, et y vécut quelque temps dans une chaumière écartée.
Deux ans plus tard, 452 BC, des exilés et des esclaves, au nombre d'environ
deux mille cinq cents, le Sabin Appius Herdonius à leur tête, s'emparent, la
nuit, du Capitole et de la citadelle. Ils égorgent sur-le-champ ceux qui
refusent de se joindre à eux et de prendre les armes. Les consuls redoutent et d'armer le peuple et de le laisser
sans armes pour défendre la ville, ils veulent calmer le trouble, et, souvent,
ne parviennent qu'à l'exciter. Sur cette multitude tremblante et consternée,
l'autorité n'avait plus d'empire.
Cependant on distribue des armes, mais avec réserve, assez seulement,
comme on ignore quel est l'ennemi, pour former un corps de troupes qui suffise
à tout événement. Au milieu de cette anxiété, sans savoir à quelle espèce,
à quel nombre d'ennemis on avait affaire, on passa le reste de la nuit à
distribuer des postes sur tous les points favorables à la défense de la ville.
Le jour enfin dévoila quelle était cette guerre, quel en était le chef. C'étaient
les esclaves, qu'Appius Herdonius appelait à la liberté du haut du Capitole.
"Il avait pris en main la cause du malheur; il voulait ramener dans leur
patrie ceux que l'injustice en avait exilés, et détruire le joug pesant de
l'esclavage. Il aimerait mieux que le peuple romain l'ordonnât ainsi lui-même.
S'il ne doit rien espérer de ce côté, il s'adressera aux Volsques et aux Èques;
il tentera, il provoquera les derniers efforts.
Les Tusculans, d’une Cité voisine vassale,
envoient des troupes et sauvent Rome avec l’aide des Romains. La paix une fois rétablie, les tribuns
et consuls se contestent à nouveau.
Ces
contestations se prolongèrent jusqu'aux comices chargés d'élire un consul
subrogé. Au mois de décembre, grâce à tous les efforts des patriciens, on
nomma consul Lucius Quinctius Cincinnatus, père de Céson, qui dut entrer en
charge aussitôt.
Le peuple était consterné : il se voyait aux mains d'un consul irrité, tout
puissant par la faveur du sénat, par son mérite et par l'influence de ses
trois fils, dont aucun ne le cédait à Céson en grandeur d'âme, mais qui, par
leur prudence et leur modération quand les circonstances l'exigeaient, lui étaient
supérieurs.
Dès qu'il fut revêtu de sa magistrature, assidu à son tribunal, il y déploya
une égale énergie pour contenir le peuple et réprimander les patriciens.
"C'était, disait-il, par la faiblesse de cet ordre, que les tribuns se
perpétuant dans leurs charges, régnaient non sur la république du peuple
romain, mais comme sur une famille en désordre, par la langue et les
invectives. ... Des bavards, des séditieux, des artisans de discordes, deux
fois, trois fois tribuns, grâce aux plus criminelles intrigues, vivent dans une
royale licence.
Cet Aulus Verginius, ajouta-t-il, pour n'avoir pas été au Capitole, est-il
moins digne du supplice qu'Herdonius ? Mille fois plus, sans doute, si l'on veut
en juger avec équité. Herdonius au moins, en se déclarant votre ennemi, vous
avertissait en quelque sorte de prendre les armes; cet autre, quand il niait la
guerre, vous ôtait les armes des mains; il vous livrait nus à vos esclaves et
aux bannis.
Et vous je le dirai sans offense pour Gaius Claudius et pour les mânes de
Publius Valérius -, vous avez porté vos enseignes au pied du Capitole avant
d'exterminer d'abord ces ennemis du forum ? J'en rougis pour les dieux et les
hommes ! quand l'ennemi était maître de la citadelle et du Capitole, quand un
chef d'exilés et d'esclaves, souillé de toutes les profanations, s'était établi
dans la demeure de Jupiter, très bon et très grand, ce fut, avant Rome,
Tusculum qui prit d'abord les armes.!
On a pu douter qui de Lucius Mamilius, chef des Tusculans, ou de Publius Valérius
et de Gaius Claudius, consuls romains, délivrerait la citadelle de Rome. Et
nous, qui naguère n'avons pas souffert que les Latins, voyant l'ennemi sur leur
territoire, prissent les armes pour leur propre défense, aujourd'hui, si les
Latins n'avaient d'eux-mêmes saisi leurs armes, nous serions captifs et anéantis.
Est-ce là, tribuns, porter secours au peuple, que de le livrer sans défense au
massacre ? Eh quoi ! si quelque homme de votre peuple, si le dernier de cette
classe que vous retranchez en quelque sorte du reste de la nation pour en faire
votre patrie à vous, votre république particulière, si l'un d'eux venait dire
que ses esclaves, les armes à la main, assiègent sa demeure, vous penseriez
qu'il le faut secourir. Et Jupiter,
très bon et très grand, que des exilés et des esclaves tenaient assiégé,
aucun secours humain ne lui était dû ! Et ceux-là demandent qu'on les déclare
inviolables et sacrés, eux pour qui les dieux ne sont ni sacrés ni inviolables
!
Tout couverts que vous êtes de forfaits envers les dieux et envers les hommes,
vous ne cessez de dire que vous porterez votre loi cette année. Alors j'en
atteste les dieux, ce jour où l'on me créa consul fut plus fatal à la république,
plus fatal mille fois que celui où périt Publius Valérius notre consul, si
vous l'emportez.
Mais, ajouta-t-il, avant tout, Romains, mon collègue et moi avons résolu de
conduire les légions contre les Volsques et les Èques. Je ne sais par quelle
fatalité, dans les combats plus que dans la paix, nous trouvons les dieux
favorables. Le péril où ces peuples auraient pu nous jeter, s'ils avaient su
que des exilés occupaient le Capitole, il vaut mieux l'apprécier par le passé
que d'en faire un jour l'épreuve.
Les
consuls se conformèrent à ces décrets; mais les tribuns, malgré les réclamations
des consuls, furent réélus. Les patriciens, à leur tour, pour ne rien céder
au peuple, portaient de nouveau Quinctius. Jamais, de toute l'année, sortie
plus véhémente de la part du consul.
- Faut-il s'étonner, pères
conscrits, du discrédit de votre autorité auprès du peuple ? C'est vous-mêmes
qui la ruinez. Ainsi, parce que le peuple viole vos décrets en continuant ses
magistrats, vous allez les violer vous-mêmes, pour égaler en dérèglements
cette multitude;
comme si la prépondérance dans un état était attachée à la légèreté et
à la licence. Car il y en a plus, sans doute, à détruire ses propres délibérations
et ses décrets que ceux d'autrui.
Imitez, pères conscrits, cette
foule inconsidérée; destinés à servir de modèle aux autres, suivez vous-mêmes
leur funeste exemple, plutôt que de les ramener à la justice par la vôtre.
Pour moi, loin d'imiter les tribuns, je ne souffrirai pas, au mépris de votre sénatus-consulte,
ma réélection au consulat.
Et toi, Gaius Claudius, je t'en conjure, détourne aussi le peuple romain de
tels excès; et juge assez bien de moi pour être persuadé que, loin de voir
dans tes démarches un obstacle à mon élévation, à mes yeux elles relèveront
la gloire de mon refus, et contribueront à éloigner de moi l'odieux attaché
à une élection nouvelle.
Les deux consuls décrètent en commun
"qu'aucun citoyen ne doit porter Lucius Quinctius (Cincinnatus) au
consulat; si quelqu'un le fait, on annulera son suffrage.
Une Guerre contre les Volques plus loin, on retrouve Lucius Minucius et Lucius
Nautius, au consulat, qui débutent par les deux affaires que leur léguait
l'année précédente; mais les Èques surent abréger ce repos. Ils rompent le
traité conclu l'année précédente avec les Romains, et défèrent le
commandement à Gracchus Cloelius. C'était, sans contredit, le premier de leur
nation.
Sous sa conduite ils vont sur les
terres de Labici, puis sur celles de Tusculum, porter leurs armes et leurs
ravages, et, chargés de butin, établissent leur camp sur l'Algide. Dans ce
camp, Quintus Fabius, Publius Volumnius et Aulus Postumius, envoyés de Rome,
viennent réclamer contre cet oubli de toute justice, et demander réparation,
d'après les traités. Si le sénat de Rome vous a chargés d'une mission, répond
le général des Èques, adressez-vous à ce chêne; j'ai autre chose à faire
que de vous entendre." Un chêne immense, en effet, s'élevait au-dessus de
la tente du général et la couvrait de son ombre.
Un des
envoyés s'écrie alors en se retirant : "Hé bien ! que ce chêne sacré,
que tous les dieux sachent donc que vous rompez les traités; qu'ils soient
aujourd'hui favorables à nos plaintes, et bientôt à nos armes, quand nous
poursuivrons la vengeance des dieux et des hommes, dont on viole également tous
les droits.
À Rome, dès que les ambassadeurs sont
de retour, le sénat ordonne à l'un des consuls de conduire une armée contre
Gracchus, au mont Algide, et charge l'autre de ravager le territoire des Èques.
Les tribuns, comme toujours, s'opposaient à l'enrôlement; et peut-être
l'eussent-ils finalement rendu impossible, sans de nouvelles terreurs qui
surgirent tout à coup.
Une nuée de Sabins vint presque sous les murs de Rome porter le fer et le
ravage : la désolation régnait dans les champs, la terreur dans la ville.
Cette fois, plus docile, le peuple prit les armes; les tribuns se récriaient en
vain, on enrôla deux grandes armées. L'une,
sous Nautius, marcha contre les Sabins. Campé auprès d'Érétum, ce général,
avec de petits corps détachés, et le plus souvent par des courses nocturnes,
prit si bien sa revanche en ravageant le territoire des Sabins, que celui de
Rome avait l'air intact en comparaison. Minucius
n'eut point la même fortune ni la même vigueur de caractère dans la conduite
de son expédition; car, ayant placé son camp non loin de l'ennemi, sans avoir
éprouvé d'échec notable, il se tenait enfermé dans ses lignes.
L'ennemi s'en aperçoit; cette timidité, comme il arrive d'ordinaire, augmente
son audace, et, la nuit, il attaque le camp; mais ses efforts ayant obtenu peu
de succès, le lendemain il l'enveloppe d'une ligne extérieure. Avant que les
retranchements ennemis eussent fermé toute issue, cinq cavaliers s'élancent au
travers des postes ennemis, et vont apprendre à Rome que le consul et son armée
se trouvent assiégés. Rien de
plus surprenant, rien de moins attendu ne pouvait arriver; aussi, la crainte, la
terreur furent telles qu'on eût dit que c'était la ville et non l'armée que
l'on assiégeait.
Le consul Nautius est rappelé; mais,
comme cet appui parut insuffisant, on songea à créer un dictateur pour
soutenir l'état ébranlé. Lucius Quinctius Cincinnatus réunit tous les
suffrages.
Qu'ils sachent apprécier une telle leçon ! ceux pour qui toutes les choses
humaines ne sont, au prix richesses,
qu'un objet de mépris, et qui s'imaginent que les grandes dignités et la vertu
ne sauraient trouver place qu'au sein de l'opulence.
L'unique espoir du peuple romain, Lucius Quinctius, cultivait, de l'autre côté
du Tibre, et vis-à-vis l'endroit où se trouve à présent l'arsenal de nos
navires, un champ de quatre arpents, qui porte encore aujourd'hui le nom de
"Pré de Quinctius"
.
C'est là que les députés le trouvèrent, creusant un fossé, selon les uns,
et appuyé sur sa bêche, selon d'autres, derrière sa charrue; mais, ce qui est
certain, occupé d'un travail champêtre. Après des salutations réciproques,
ils le prièrent, en faisant des voeux pour sa prospérité, et pour celle de la
république, de revêtir sa toge, et d'écouter les instructions du sénat.
Surpris, il demande plusieurs fois si quelque malheur est arrivé, et ordonne à
Racilia, son épouse, d'aller aussitôt chercher sa toge dans sa chaumière.
L'ayant revêtue, il s'approche après avoir essuyé la poussière et la sueur
de son front; les députés le saluent dictateur, le félicitent, le pressent de
se rendre à la ville, et lui exposent la terreur qui règne dans l'armée.
Un bateau avait été préparé pour Quinctius, par les ordres du sénat; à la
descente, il fut reçu par ses trois fils, venus à sa rencontre; puis arrivèrent
ses autres parents, et ses amis, et enfin la plus grande partie des sénateurs.
Au milieu de ce nombreux cortège, et précédé des licteurs, il se rend à sa
maison.
Le concours du peuple était immense; mais il était loin d'éprouver, à la vue
de Quinctius, une joie égale à celle des patriciens. Il jugeait le pouvoir
trop grand, et que l'homme qui allait l'exercer s'y montrerait trop dur. Pour
cette première nuit, on s'en tint à une garde exacte dans la ville.
Le lendemain, avant le jour, le dictateur se rend au forum, et nomme maître de
la cavalerie Lucius Tarquitius, de famille patricienne; et qui, bien qu'il eût
fait ses campagnes dans l'infanterie, à cause de sa pauvreté, était considéré
à l'armée comme infiniment supérieur à tout le reste de la jeunesse romaine. Il se rend ensuite, avec son maître de
la cavalerie, à l'assemblée du peuple; proclame la suspension des affaires,
ordonne que les boutiques se ferment dans toute la ville; défend que personne
s'occupe de ses affaires privées; donne
à tous ceux qui pouvaient servir à l'armée l'ordre de se trouver en armes,
avec du pain pour cinq jours, et douze pieux, au Champ de Mars, avant le coucher
du soleil.
Ceux que leur âge rendait incapables du service militaire, devaient, tandis que
leurs voisins préparaient des armes et allaient chercher des pieux, faire cuire
leur pain. Les jeunes gens courent de tous cotés pour se procurer des pieux;
chacun en prend à sa proximité, sans que personne s'y oppose, et tous se
trouvent avec exactitude au rendez-vous du dictateur. Là, on se forme en un
ordre également propre à la marche et au combat. On se prépare ainsi à tout
événement; le dictateur se met à la tête des légions; le maître de la
cavalerie conduit ses cavaliers. Dans les deux troupes, c'étaient, comme
l'exigeait la circonstance, des exhortations continuelles à doubler le pas, à
se hâter pour atteindre de nuit les ennemis; "on assiégeait le consul et
l'armée romaine; depuis trois jours ils étaient enfermés; on ne savait ce que
chaque jour ou chaque nuit pouvait amener; souvent les événements les plus
importants dépendent d'un moment;
- hâtez-vous, porte-enseigne, soldats
avancez," s'écriait la troupe, pour seconder les vues de ses chefs. Au
milieu de la nuit, ils arrivent sur l'Algide, et, s'apercevant qu'ils sont près
de l'ennemi, ils plantent leurs enseignes.
Alors le dictateur, autant que
l'obscurité peut le permettre, fait, à cheval, le tour du camp ennemi, en
examine l'étendue et la forme; ordonne aux tribuns de faire placer tous les
bagages en un même lieu, et aux soldats d'aller avec leurs armes et leurs pieux
prendre chacun leur rang : ces ordres sont à l'instant exécutés. Puis, dans le même ordre que durant la
marche, il développe son armée sur une longue ligne autour du camp ennemi. Au
signal donné, tous doivent pousser un grand cri; chacun doit ensuite creuser un
fossé devant soi et planter ses pieux. On
publie cet ordre, et le signal le suit de près; le soldat exécute le
commandement; le bruit de ces cris retentit tout autour des ennemis, traverse
leur camp, et parvient jusqu'à celui du consul, portant aux uns la terreur, aux
autres le délire de la joie.
Les Romains reconnaissent le cri de
leurs concitoyens, se félicitent de l'arrivée du secours, et de leurs postes
et par leurs vedettes harcèlent l'ennemi.
Le consul s'écrie qu'il est temps d'agir; "ces clameurs annoncent
non seulement l'arrivée des leurs, mais encore le commencement de l'attaque;
grande serait sa surprise, si dans sa limite extérieure le camp ennemi n'était
déjà menacé." Il ordonne donc aux siens de prendre les armes, et de le
suivre. C'est de nuit que ses légions commencent le combat. Leurs cris
apprennent au dictateur que de ce côté aussi la lutte était engagée.
Déjà les Èques se préparaient à prévenir l'investissement de leurs
ouvrages, lorsque l'ennemi, qu'ils assiégeaient, commença l'attaque; craignant
qu'il ne se fît jour à travers leur camp, ils se défournent des travailleurs
pour faire face à leur ligne intérieure, et laissent la nuit libre aux opérations
de Quinctius. Ils se battirent jusqu'au jour contre le consul. Lorsque le jour
parut, ils étaient déjà enfermés par la circonvallation du dictateur, et ils
soutenaient à peine le combat contre une seule armée, quand celle de Quinctius
reprenant les armes aussitôt que ses travaux sont achevés, attaque les
retranchements. C'était une nouvelle bataille à livrer, et la première ne s'était
en rien ralentie.
Alors, entre deux périls qui les menacent, les Èques cessent de combattre,
recourent aux prières, supplient d'un côté le dictateur, de l'autre le consul
de ne pas attacher à leur destruction l'honneur de la victoire, et de leur
permettre de se retirer sans armes. Le consul les renvoie au dictateur; celui-ci
ajoute l'ignominie à leur malheur. Il
ordonne que Gracchus Cloelius, leur chef, et les premiers d'entre eux lui soient
amenés enchaînés; qu'on lui cède la ville de Corbion : "Il n'a pas
besoin du sang des Èques; il leur permet de se retirer; mais, pour leur
arracher enfin l'aveu qu'il a soumis et dompté leur nation, ils passeront sous
le joug."
Trois lances composent ce joug; deux sont fixées en terre; au-dessus d'elles,
une troisième est attachée en travers. Ce fut sous ce joug que le dictateur
laissa partir les Èques.
Le camp des ennemis, dont il resta maître, se trouva rempli de butin de toute
espèce
car il les avait renvoyés nus -; il ne le partagea qu'entre ses soldats. Quant
à ceux du consul et au consul lui-même.
- "Soldats,
leur dit-il d'un ton de reproche, vous n'aurez point de part aux dépouilles
d'un ennemi dont vous avez failli vous-mêmes devenir la proie; et toi, Lucius
Minucius, jusqu'à ce que tu montres le caractère d'un consul, c'est comme
lieutenant que tu commanderas ces légions." Minucius, aussitôt, abdique
le consulat, et, docile à l'ordre du dictateur, demeure à l'armée. La supériorité
dans le commandement captivait alors si facilement l'obéissance, que, plus
sensible au bienfait qu'à l'humiliation, cette même armée décerna au
dictateur une couronne d'or du poids d'une livre, et, à son départ, le salua
comme son patron.
À Rome, le préfet Quintus Fabius convoque le sénat, lequel ordonne que
Quinctius, à la tête de l'armée qu'il ramenait, entrera triomphant dans la
ville. On mène devant son char les généraux ennemis, on porte devant lui les
enseignes militaires; à sa suite marchent ses soldats chargés de butin. Des festins furent, dit-on, préparés
devant toutes les portes; les convives, au milieu des chants de triomphe et des
plaisanteries usitées dans ces fêtes, se mirent à la suite du char.
Le même jour on décerna, d'un consentement unanime, au Tusculan Lucius
Mamilius, le titre de citoyen de Rome. Sans plus tarder, le dictateur eût
abdiqué sa charge, sans les comices assemblés pour l'affaire du faux témoin
Volscius, à laquelle les tribuns n'osèrent mettre empêchement, grâce à la
crainte qu'inspirait le dictateur. Volscius, condamné, se retira en exil à
Lanuvium.
Le seizième jour Quinctius abdiqua la dictature qu'on lui avait conférée pour
six mois. Dans cet intervalle, le consul Nautius remporta, près d'Érétum, un
avantage signalé sur les Sabins, qui, outre la dévastation de leurs champs,
eurent à déplorer cette nouvelle défaite. Fabius Quintus alla remplacer
Minucius dans l'Algide. Des
loups se montrèrent, dit-on, au Capitole, et furent chassés par des chiens; en
conséquence de ce prodige, on purifia le temple.
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