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Le Gran Ideco Circus.
Dis maman,
le grand cirque de papa, c’est bien en Angola ?
- Oui mon
fils,
- On peut
y aller ? Papa y dit qu’il travaille dans un grand cirque avec des charlots et
des guignols, c’est pour ça qu’il rit beaucoup, il s’amuse aussi avec des
joueurs de violons et les joueurs de pipo. C’est dans sa ménagerie qu’on trouve
le plus d’ ânes à forer savants, ceux qui résonnent comme des tambours.
-
Raisonne fiston, Papa a dit raisonne comme des tambours. Résonne c’est quand
on tape dessus. Raisonne c’est quand on marche avec sa tête. Quoique des
fois, ton papa y marche un peu aussi sur la tête!
- Y
résonnent parce qu’il leur tape dessus ?
- Pas
encore fiston, enfin je crois.
- Et
les moulins à vent, mais qu’est qu’ils font les moulins à vent dans le
cirque à Papa ?
- Ben
ton papa, y dit que partout en Afrique c’est comme ça, car ya pas de
tramontane alors ils ont beaucoup de personnes pour brasser de l’air, sinon
ils s’étoufferaient tous tu comprends. Pardi sans mistral et tramontane.
- Mais
j’ai pas compris qu’est-ce qu’il faisait avec des marchands de pas-pris dans
son orchestre !
- Marchands
de tapis ! Enfin t’es pas loin Junior, ce sont souvent les mêmes qui sont pas
pris en train de travailler, enfin je veux dire pris en train de pas travailler.
Toujours
avec une logorrhée diarrhéique justificative de leur inertie sans borne.
Toujours Anes-a-Drill, bien sur.
- Alors
Maman on y va ?
- On peut
pas y aller fiston, il faudrait retourner au Moyen age.
Mais
laisse parler ton papa.
- Tiens
l’autre jour, je file sur l’Ideco pour me nettoyer de la diarrhée verbale
Anadrill, le type John Kopeck, ouais il en vaut pas un, il te plume tous les
marchands de tapis des souks musulmans. Le mec Kopeck venu de Luanda, il te
derviche la même chanson pendant quatre heures sans faiblir comme une orgue de
barbarie qu’ont aurait branché sur un moteur à mouvement perpétuel, remarque pas
de pot pour lui, ils…
–
dis papa ce sont des orgues pour les barbares ? ,
–
oui fiston, mais ils ont pas troués aux bons
endroits sur le carton qui défile dans la machine, le barbare il a lu aucun
rapport, connait rien sur les heures de rotations de ces outils, rien sur ces
MWD, rien sur les corrections, rien sur tout en fait. Il pérore.
Donc sur
l’Ideco, on attaque la journée plein pot.
Quoique
plein pot, le moteur y crache tellement de fumée qu’on voit pas à un mètre.
-
Cogno, t’as qu’à respirer
entre les coups d’accélérateur !
-
Pas con !
-
Ça y est j’ai compris pourquoi je préfère Pablo à
son second Isa qui me presse la pédale comme s’il était sur un mobylette, t’as
plus temps de respirer, tu halètes.
Si vous
passez par Soyo, pour nous trouver facile : cherchez un nuage dense de fumée
bleue près d’une mobylette : on est dedans.
Tiens on
est en train d’enquiller le BOP 5000 sous la minisub, si si ça rentre, eh ho que
l’Hydrill seulement parce que même en poussant le double y passe pas avec.
- T’es
sûr que l’Hydrill y tient, hein Larera?
- Cogno
, il a bien tenu la dernière fois.
-
Pero Cuando ?
-
Hace poco tiempo.
Merde faut
que je révise les unités de temps.
Bon on a
déplacé l’annulaire avec le forklift qu’a une patte soudée,
-
Ah, on t’a pas dit ?
Pero
hace mucho tiempo qu’on a re-soudé JP !, Du temps de Fina.
-
Ah bon!
En plus la
patte brisée, on l’a ressoude tête en bas, car en Afrique on n’aime pas la
symétrie, c’est pas artistique.
- Sur
un tableau, la symétrie elle est suggérée, cachée, non ?
- Merde
les gars, je fais du forage, pas de la peinture !
Ici, les
angles droits n’existent pas encore, Pythagore était pas du coin et les équerres
en bois on s’en sert pour le barbecue.
-
JP ! des équerres pour faire des cases rondes avec
des toits obtus ça sert à rien !
-
Re pas con.
Alors
dilemme cornélien : j’utilise le forlift unifourche ou bien celui qu’a plus de
frein ?
Mais au
fait les gars, c’est quoi une fourche qu’a qu’une bonne dent ?
Maintenant
vous savez pourquoi on brûle la paille dans les champs ici au lieu d’en faire
des petites meules, parce que merde, pour la ramasser avec une fourche qu’a
qu’une dent hein !!!
A la fin
des fin, l’Hydrill a pas tenu bien sûr, parce que les ferrures à l’intérieur du
packing élément ça fait pas bien étanchéité sur les tiges. Surtout quand ya plus
de caoutchouc, depuis depuis…Et coup de bol, le forkilt unifourche transporte
aussi bien un double BOP dis donc.
Ah oui ça
y est on est presque Somoil 100% . Plus de connexion depuis 6 semaines, et quand
elle est réparée plus de compte mail internet. Et plus de téléphone, puisque le
week-end le palu frappe dur les types des Télécom.
- Où tu
bosses JP ?
- Au pays
des coïncidences !
Faut dire
qu’on assez couillon pour spuder le week-end aussi. Même qu’on pourrait mettre
Mohamed, night company man de jour, puisqu'on n’envoie plus de rapports avant
11 heures et encore pas tous les jours. Presque Somoil je te disais, parce
qu’on a encore des casings.
Ma femme
dit toujours :
-
JP tu exagères encore.
-
J’exagère pas, chérie, je magnifie !
Nous, on a
le mail et à deux vitesses, le high speed et le Low speed.
En mode
High speed, tu fais ton rapport, tu le copies sur une clé, la tienne ou celle
empruntée à un collègue, les clés Somoil sont en fer et n’ouvrent aucune porte
de toute façon : je le sais, j’ai en plein.
Donc tu
roules jusqu’à la base – maxi 20km-, tu cherches un type qui est à son bureau,
non non c’est pas évident avant 9 heures, s’il a un computer tu lui dis que
t’aimerais bien une tasse ; là, le gars se lève pour aller à la cafetière, vite
tu lui piques la chaise et t’envoies ton mail : T’es en High speed.
Sinon
faut plus de temps et c’est plus compliqué.
Faut rouler
plus longtemps, Cabezza Quinguila c’est loin, ça s’appelle un problème de
réseau. Arrivé à QQ base, beaucoup sont en vadrouille à cette heure. Faut donc
attendre ou revenir.
Si c’est
pas l’heure du café, soit tu attends, soit tu retournes au rig. Attendre ça
marche pas sauf si t’aimes le café et que tu attends jusqu’à 16 heures.
Mais là tu
vires attendeur et plus superviseur.
Si c’est
l’heure du café, t’as du bol, ils sont tous au mess, tu récupères une clé, eh ho
une clé de serrure pas une USB, suivez merde !, afin de passer ton mail de chez
lui. T’as plein de temps pour ton mail, les types ont un minuscule gosier,
demi-heure la tasse taille expresso, et moi je suis malin je choisis toujours
un type avec un grand verre. Enfin tu retournes au rig : c’était la low speed.
- Au
fait les gars, z’avez pas un bâton d’U’stick ?
C’est pour
mes shoe tracks, on termine les fonds de tiroirs du toulpoush, après reste l’U’stick.,
-
hé liquide je préfère, pour les filetages c’est
mieux qu’en bâton.
Quoique je
vais sûrement me contenter de la bonne recette de grand-mère, solution miracle
de tout bon foreur terrestre – et nous ici, on est dans la cour même, celle des
miracles ; plus fort qu’à Lourdes, à Soyo c’est tous les jours miracle :
la SAF en
tige de 2.5 !
Et comme
ils collent plus qu’ils soudent, en attendant la colle, ça collera itou le K55.
Quand j’ai parlé de baker lock au magasinier, y croyait qu’un c’était un
chanteur de rap.
Ainsi
après foreurs d’eau au mois dernier, nous voilà mineur les gars. Eh ho, mineurs
de fer tout de même.
Donc allez
une dernière en direct de la basse cour : notre ménagerie des manchots car ici
on te pose les brigde-plug façon Schlumberger, à 11m. Onze Mètres table !
Exploit 2007. Du temps de Total dis donc.
- Cogno,
t’as moins de depth charge JP !
-
Pas con !
Coup de
bol, le bougre pouvait pas la poser dans les BOP, y a trop de jeu.
Alors moi,
a grands coups de Drill collars, j’ancre les top slips qui se sont pas ancrés,
parce que pour fraiser le truc, les slips pas ancrés y tournent avec la fraise
pardi.
Tourner
tourner n’est pas toujours avancer.
-
Bon Euzelio, tu laisses tomber, quand ça rebondit
bien , les slips sont en place. Tu vois 6 m c’est un peu peu. Vas y pour 8m !
-
OK JP !
-
Blong, blong blong, blong.. bling !
-
Ça y est les gars, à l’oreille les slips sont
posés.
Comme
toujours, quand les slips sont posés, les choses sérieuses commencent.
Au fait,
faudra que j’emporte une paire de DC 4 ¾ sur le bateau, super pour ancrer.
Putain, on
est pas dans un monde super ?
Même que
sur la QQ base, on a des types avec trois bras, si si, c’est notre secteur
« monstruosités » du cirque.
Bon !
Discrets les mecs tout de même, mais je subodore les monstres hideux tapis : le
moindre balayeur se pavane avec sa VHF, ce qui, quand tu réfléchis bien est un
peu con si le type est un humain normal. Comment y
peut tenir la VHF et le balai ? Faut trois bras merde !
Et encore,
je zappe : faut un bras pour la VHF, deux bras pour le balai, et un bras pour la
casquette ou le casque. Ouais,
sinon la VHF passe pas, y’zont une grosse caboche par ici, la matiere intérieure
étant passée à l’extérieur. Quelque part. En fait c’est des demi-octopus les
types. Tout dans les bras.
Tu me
diras, chez Anadrill y’zont bien des dummies DD. Ça ressemble à un DD, ça a la
couleur d’un DD, ça a une tête de DD, mais pas de pot y’a rien dedans, en fait
le type il est sans tête ; Schlumberger, une canada dry company.
Tiens
l’autre jour, leurs copains logging se sont plantés, jusque là normal. De 50 m sur
le zéro en OpenHole. Rienqueue.
Imagine la
tronche des mecs quand ils se sont aperçus que le fond était parti !
-
Merde plus de fond les gars !
Toi tu
commences comme un couillon, à recompter tes stands dans la tour :
-
Bon les gars, sur ce puits, on a refoutu le Kelly
cock, vous l’avez bien compté ce coup ci ? (Vous avez compris, ce coup-ci ?)
-
Seguro JP, on a mis celui qui fuit qu’un peu !
Cogno, on
avait des avancements rapides sur la fin, mais de là à ce que le puits se fore
tout seul merde, j’ai encore des trucs à apprendre. Trois
ingénieurs et deux géologues sont dans une cabine, que font-ils ?
Ils forent
par télékinésie les types !
Par
contre, moi je suis pas emm…betté, pas de VHF, pas de téléphone ni mail ni
Internet ;
-
Bon JP mince, râle pas ! c’est que la sixième
semaine !!
Eh je
bonifie les gars, on a l’inmarsat depuis hier, le gus des telecom, Bernardo
c’est comme le collègue à zorro, sourd mais surtout au bon sens, on devrait
l’envoyer planter des patates, enfin du manioc ici.
Lui, c’est
le velu : plein de poils dans la main. Évidemment ça gène. J’allais suggérer
« pour bosser », mais le guignol sourdingue y connaît même pas le mot, rien que
pour l’apprendre fallait bosser un peu, alors pardi.
Donc toi,
tu retournes sur le grand rig. Enfin il est petit mais c’est mon grand à moi.
Pour cimenter le 9 5/8.
-
Bon les gars, on va faire une nouvelle fois la
cimentation du 9 5/8 !
-
OK boss, en cœur les types. Jusque là tout est
normal.
-
Mais cette fois je veux une cimentation comme il
faut, normale quoi !
Un voile
d’inquiétude parcours le meeting, les regards suspicieux se croisent, certains
consultent d’un coup d’oeil leurs collègues et disent en silence :
-
Putain ! Qu’est qu’il va encore nous sortir le
company man !
Car on sort
déjà de la normalité locale, puisqu’ on parle de normal « version JP ». Enfin
je veux dire normal pour vous et moi quoi! D’autres
types regardent ostensiblement leurs godillots. Et là tu subodores que les
conneries ont déjà commencé.
Faut dire
que j’attaque un peu fort ce matin, car les manchots, des cimentations normales
y’zen ont jamais vu. Les vieux disaient : à cœur vaillant, rien d’impossible.
Ils n’étaient jamais venus en Angola.
Mais c’est
une autre histoire. Qui vaut son pesant d’arachides.
Allez,
devinette pour la récréation :
-
Un company man est dans son bureau, à quoi voit-on
qu’il est sur un rig à terre sans regarder dehors ?
-
Meuh facile JP ! le bureau est en pente.
-
Et comment on sait que c’est en Angola?
-
Meeuh re- facile JP ! Les tiroirs sont scotchés,
sinon ils versent à la gîte. Car la cabine penche toujours du côté normal. Celui
qui va pas. Il faut beaucoup de scotch !.
Angola,
Soyo , Aout 2008. Rig KB700 & Ideco 350.
A+
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